Neelie Kroes en finira-t-elle avec le roaming?

Neelie Kroes

Avis à tous les voyageurs utilisateurs de GSM : depuis le 1er juillet 2011, les prix des communications mobiles (voix et internet) en Europe ont baissé ! Une bonne nouvelle accompagnée d’une feuille de route de notre commissaire européenne à l’économie numérique, Neelie Kroes, en vue de faire baisser les frais d’itinérance.

Baisse du roaming : que propose la Commission européenne ?

Plus de concurrence ! Concrètement, dès la souscription d’un contrat de téléphonie mobile, l’utilisateur pourra présélectionner ses réseaux GSM européens préférés, a priori les moins chers. Une fois dans le pays X ou Y, le téléphone basculera directement sur le bon réseau. Fini l’obligation de téléphoner via l’un ou l’autre opérateur d’un pays donné (autre que le sien), fini le tarif unique arbitraire !

Un manque de concurrence à tous les étages…

Mais pourquoi les opérateurs joueraient-ils plus le jeu de la concurrence ? Dans une Union à 27, j’ai bien peur que la loi du marché s’appliquera uniquement si l’on applique de nouvelles règles imposant d’emblée un marché européen unifié avec une zone de tarification unique.

Par ailleurs, dénoncer un manque de concurrence au niveau du roaming revient à dénoncer un manque de concurrence au niveau des Etats membres dans les Télécom au sens large. Et, là encore, le bât blesse.

Exemple : la Belgique et son marché de la téléphonie fixe, où l’on paye deux fois plus cher qu’en France pour un même abonnement TV+Tél+Internet. La faute à des monopoles locaux et surtout un Etat belge qui est à la fois actionnaire principal du premier opérateur du pays, Belgacom, mais aussi de l’autorité de régulation, censée créer de la concurrence (au détriment de Belgacom)… Allo la Commission, la concurrence libre et non faussée, vous connaissez ?

Mettre fin au hold-up du roaming !

On avance, c’est sûr, mais cette stratégie reste encore bien timide. Rappelons que depuis les accords de Schengen en 1985, les frontières n’existent plus (ou presque) à l’intérieur de l’UE. Fin des frontières = fin du concept de pays « étranger » = fin des taxes et frais en tout genre. En théorie. En d’autres termes, une Europe unie dans sa diversité = un seul et même marché !

Et pourtant, 26 ans plus tard, nos opérateurs téléphoniques continuent à organiser ce qu’il convient d’appeler un racket pour ceux qui ont le tort de se déplacer en Europe avec leur téléphone mobile. Et ça ne s’arrange pas avec l’internet mobile

Quelques exemples de cette situation absurde :

Pourquoi un Strasbourgeois paiera-t-il deux fois plus pour appeler son voisin à Kehl (de l’autre côté du Rhin, en Allemagne) que son cousin éloigné à Marseille ? Et pourquoi dois-je payer pour des appels entrants sur mon GSM quand je suis chez moi en Europe (mais en dehors de Belgique) ?

Comparons ceci avec le système bancaire : si le même Strasbourgeois retire de l’argent / paye par carte à Kehl, cela lui coûtera exactement la même chose qu’à Marseille ! Idem dans le cas d’un virement interbancaire : verser de l’argent sur le compte d’un ami européen (non belge) me coûtera autant que vers celui de mon voisin bruxellois.

Et pourtant, vous souvenez-vous qu’en 2002, au moment de l’introduction de l’Euro, certaines banques européennes facturaient des frais supplémentaires pour ces opérations, durant les 6 premiers mois ? Jusqu’à ce que la Commission européenne tape du point…

Imposer un marché européen de la téléphonie mobile maintenant !

Trop compliqué ? La plupart des opérateurs historiques, Orange et Vodafone en tête, sont déjà bien implantés dans la plupart des 27 Etats européens. Trop cher pour ces entreprises ? Un exemple parmi d’autres : pensez aux dizaines de milliards (41 en Allemagne, rien qu’en 2010!) de SMS facturés plus de 0,15€ pendant des années alors qu’ils coûtent à peine 0,02€ (hors taxe) aux opérateurs…

Impossible n’est pas européen, mais il faudra d’abord surmonter deux obstacles de taille :

1. Une volonté politique de la Commission européenne sans faille

Celle-ci devra s’imposer face aux pressions des opérateurs nationaux, du Conseil européen et de ses Etats membres, par ailleurs souvent actionnaires de ces mêmes entreprises… La Commission aura-t-elle le courage de tenir tête à la France, qui détient encore 1/4 de France Télécom, ou à la Belgique, qui possède plus de la moitié de Belgacom ?

2. Une concurrence riche et viable

Le marché des Télécom ne se limite pas aux seuls mastodontes nommés ci-dessus. Comment faire en sorte que les plus petits opérateurs, ceux qui dynamisent le marché et tirent les prix vers le bas, puissent perdurer et développer, le cas échéant, des partenariats avec leurs alter-egos européens ? Et quid des opérateurs virtuels ?

Conclusion

Plafonner les prix de roaming, favoriser la concurrence : Depuis 5 ans, la Commission agit dans le bon sens, mais ne s’attaque toujours pas au fond du problème, quoi qu’elle en dise. La symbolique et la logique d’intégration européennes imposeront tôt ou tard la mise en place d’un marché unique de la téléphonie mobile avec la suppression totale du roaming.

En 2002, la Commission a sifflé la fin de la récréation des banquiers. A quand celle des Télécom ? A quand des forfaits mobiles réellement européens, sans clause, ni option cachée ? Chère Neelie, on compte sur vous !

3 réflexions au sujet de « Neelie Kroes en finira-t-elle avec le roaming? »

  1. But how to create a pan-european mobile market? You need a pan-european infrastructure in order to operate, don’t you?

    Or should each member state operate at least one network itself, allowing all EU operators to use it for a fixed price? Is that a better market than now?

  2. Just start introducing new market rules, including 0€ fee when you receive a call anywhere in the EU and the operators will have no choice but to follow…

    As for the European infrastructure, we already have the BEREC (Body of European Regulators for Electronic Communication). Let’s give them more power and independence to regulate the market in an efficient way like the ARCEP does in France, for example.

    Like I said, this won’t be a problem for the bigger operators! As for the smaller ones, they will have to make partnerships with other operators, but this will become obvious and natural once the the unique EU phoning area is well established. Just look at today’s new partnership signed between French operator Bouygues Telecom and Spain’s Telefonica: http://bit.ly/mW0Y4b.

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