Jeune diplômé recherche emploi en Europe…

The Internship ft. Barroso & Van Rompuy

« Vacances, j’oublie tout », pensais-je naïvement… C’était sans compter sur un réveil inattendu la semaine passée : la « manifestation sandwich« . Imaginez les stagiaires de Bruxelles, oui, ceux endimanchés des cabinets de consulting, des ONG & co, défilant dans le quartier européen pour dénoncer un traitement à peine suffisant pour se payer un sandwich par jour. Et oui, la galère de l’emploi n’épargne plus aucun jeune en Europe !

C’est à cet effet que le Conseil de l’UE, dans sa grande bonté, a proposé il y a quelques semaines un plan de 6 milliards d’euros pour l’emploi des jeunes, à dépenser exceptionnellement en 2014 et 2015. Car cette somme, non prévue au départ, est le fruit d’une vision européenne résolument généreuse et d’un redécoupage du non moins magnanime budget de 960 milliards (pour la période 2014-2020).

Une bonne nouvelle qui cache une petite révolution pour les 28 : dès l’an prochain, il sera enfin possible de réallouer des fonds d’un domaine vers un autre, et même de reporter l’argent non-dépensé d’une année sur l’autre. On se demande bien pourquoi les éminents membres du Conseil n’y ont pas songé plus tôt. Heureusement, le parlement européen, lui, y a pensé…

Il y a urgence : 5,6 millions de jeunes Européens (âgés de moins de 25 ans) sont sans activité, soit un chômeur sur cinq. 13 pays sont concernés par ce plan d’aide, dont la France, l’Espagne, la Grèce et l’Italie, et plus particulièrement les régions plombées par un chômage des jeunes supérieur à 25%. La France devrait ainsi recevoir 600 millions d’euros d’aide pour 300.000 jeunes.

Et concrètement ?

Tous les chefs d’Etat se sont mis d’accord autour d’une initiative « garantie pour la jeunesse » qui visera notamment les « ni-ni », ces jeunes en dehors du système, sans travail, ni diplôme, ni formation.

Tout jeune encore inactif après quatre mois, à la fin de ses études par ex., se verra ainsi offrir une formation, un stage, voire un emploi. Inspiré par mes expériences passées de stagiaire et la réalité économique, j’ai schématisé, ci-dessous, ce à quoi pourrait ressembler le nouveau parcours du combattant stagiaire… après octroi des subsides européennes.

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Car au delà des chiffres calamiteux, le chômage des jeunes et l’enchaînement vicieux des stages non ou mal rémunérés posent plusieurs problèmes graves :

1. Une économie déréglée et « stagnante » où les jeunes sont mis à l’écart, à l’instar des seniors
2. Une perte de confiance de la jeunesse face à leurs responsables nationaux et européens
3. Un risque d’expatriation des profils qualifiés en dehors d’Europe

Autant dire une bombe à retardement…

La Commission européenne, consciente du problème, a d’ailleurs dépensé 16 milliards d’euros en 2012 pour des projets d’emploi jeune en Espagne, en Italie et au Portugal. Que penser dès lors des 6 petits milliards sur deux ans…

Une fois de plus, les 28 nous auront gratifié d’une mesure rustine, pour rassurer leurs électorats nationaux et s’épargner l’image de fossoyeur du projet européen et de sa jeunesse.

Quelles solutions ?

Un tel problème générationnel ne saurait être résolu par une approche court-termiste. Les secteurs créateurs d’emploi devraient ainsi être subventionnés et incubés plusieurs années au niveau européen avant de pouvoir démultiplier les opportunités. Qu’a fait l’UE depuis Airbus ? Où est le Google européen promis depuis tant d’années ?

Bien sûr, avec un peu de volonté politique, on peut insuffler une tendance, comme le fait Neelie Kroes, la commissaire européenne à l’économie numérique, qui pousse à l’adoption d’un internet très haut débit partout en Europe pour doper les start-ups. Mais cela ne suffira pas.

Au final, l’UE, en mal d’identité, paye l’absence d’une politique européenne industrielle cohérente et offensive. A l’instar de la France… Que penser par ex. du président Hollande, prônant en mai dernier une stratégie européenne d’investissement pour les nouvelles industries et les systèmes de communication (avec l’argent de la PAC peut-être ?), quand son ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, préconise démondialisation et relocalisations ?

Certains créateurs d’emplois européens semblent en tout cas préférer nous quitter depuis un moment, au profit d’une Amérique du nord plus ouverte et dynamique. Au hasard, l’entrepreneur français Loïc Le Meur qui quittait l’Europe en 2007, découragé par son « manque d’entrepreneurs et de culture du risque » ? Ou, plus récemment, le départ de l’inventeur du trottoir électrique, brevet en main, faute de subventions… Sans compter les nombreux professionnels du web européen qui peinent à trouver chez nous un équivalent du MIT ou de la Silicon Valley…

L’emploi des juniors mérite mieux que des petits budgets et petits discours. A quand une vraie vision européenne à long terme, à quand la fin des « sommets de la dernière chance » ?

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