Parlement, la série, france.tv

« Parlement », la série de france.tv qui fait pschitt ?

/NB/ Par souci d’honnêteté intellectuelle, l’article ci-dessous a été revu le 29/04/2020 suite au visionnage des 10 épisodes.

Si je vous dis « Parlement », la série, ça vous parle ?

« Parlement » suit l’itinéraire d’un jeune assistant parlementaire français qui va découvrir les arcanes du pouvoir européen à Bruxelles.

Il faut dire qu’à Bruxelles, au sein de la tristement célèbre « bulle » européenne, beaucoup (en tout cas, surtout des Français, j’ai l’impression) espéraient la naissance d’un film ou d’une série sur la politique européenne. Probablement sous l’effet de séries type « House of cards » qui ont mis en appétit les « sérievores » eurocrates. Mais n’est pas David Fincher qui veut…

Hélàs ou heureusement – c’est selon – ce projet est devenu au fil de temps un véritable serpent de mer. Jusqu’à l’arrivée de cette bande-annonce, assez prometteuse…

Alors ça vaut quoi ?

Remarque préliminaire : les scènes d’intérieur (à Bruxelles) n’ont pas été tournées au Parlement européen, mais au comité des régions ! C’est un détail, mais je trouve cela dommage. Pour qui connaît le Parlement, les couloirs vides (comme dans la série) sont plutôt rares. Bien au contraire, ça fourmille de partout !

Du reste, le premier épisode commence plutôt bien avec une première scène où l’assistant appelle son député, perdu à l’extérieur du « Caprice des Dieux », le doux nom offert au Parlement de Bruxelles, en référence à sa forme de fromage éponyme. (cf. bande-annonce)

Et puis plouf ! C’est parti pour une spirale d’événements et de personnages, tous plus invraisemblables les uns que les autres, étalés non pas sur 1, mais 3 épisodes !

Sûrement par manque de budget, la série repose sur une poignée de personnages. Ca n’est pas un problème en soi, mais ça le devient vite quand ceux-ci sont totalement irréalistes et insupportables :

L’assistant candide

La question que je me pose d’emblée : comment a-t-il obtenu son poste au vu de la concurrence extrêmement rude qui règne à Bruxelles ? Ceux qui connaissent le milieu savent que pour espérer décrocher ce genre de poste, mieux vaut avoir un beau diplôme, bachelier ou master au minimum, de préférence en sciences politiques, de préférence avec spécialité affaires européennes et parler au minimum 2 à 3 langues. Quand on sait tout cela, comment peut-on croire une seconde à la véracité de ce personnage dont la naïveté, ni drôle, ni touchante, s’étale au fil des scènes ?

Au 1er épisode, on le voit ainsi entrer dans le Parlement sans badge… Tous ceux qui connaissent l’endroit savent que les employés doivent s’en procurer un, de couleur bleue, avant de commencer leur mission.

Encore mieux, quelques scènes plus tard, le même assistant discute avec un type italien, sans même lui demander ce qu’il fait exactement, et repart avec un dossier rempli d’arguments à utiliser pour amender un projet de loi. Notez qu’à ce moment, l’assistant « neuneu » ne sait pas ce qu’est un règlement ou un amendement. Aurait-il obtenu son diplôme dans une pochette surprise ?

On comprend en tout cas, quelques minutes plus tard, que ce type était un lobbyiste. Comment le jeune assistant aurait-il pu le savoir ? Très simple, les lobbyistes doivent porter un badge brun pour pénétrer dans le Parlement.

Le député imbécile heureux

Un élu alsacien (je suppose, au vu de la déco alsacienne dans son bureau), bête et tire-au-flanc. Rien que ça !

Il n’est certes pas rare de croiser des députés stupides ou paresseux, mais jamais les deux en même temps.

Quand bien même ce genre de député « médiocre » existe, il connaît généralement ses limites et engage, en conséquence, un voire des assistants très qualifiés pour faire tourner le bureau.

Quand bien même ce genre de député « médiocre » existe, il est inimaginable qu’il soit nommé coordinateur d’une commission parlementaire, comme c’est le cas dans la série…

L’assistante britannique au chômage

Expérimentée, elle cherche à se recaser car sa députée Tory doit quitter le Parlement après s’être engagée victorieusement pour le Brexit. Le seul personnage crédible de la série qui remonte le niveau.

L’administrateur de commission parlementaire, alias « Candyman »

Avec sa voix grave et rythmée comme un métronome, son regard de psychopathe et sa façon d’apparaître et disparaître d’une scène à l’autre en un éclair, ce personnage me fait juste peur et me rappelle le sombre Candyman (le célèbre tueur aux abeilles, pour les fans du genre).

Encore un détail hors-sujet : notre Candyman exige de recevoir la liste d’amendements sous 24h. Cela n’est jamais le cas dans la réalité !

Le conseiller politique français fumeur et fumiste

La caricature du fumiste « latin » qui ne fait rien de ses journées, à part vapoter et brasser de l’air !

Encore à côté de la plaque ! Et c’est fort dommage car les quelques centaines de conseillers politiques, qui peuplent le Parlement, ont pour dure mission d’aider les députés à comprendre les rouages institutionnels et à prendre les bonnes décisions lors des négociations et des votes.

Dit simplement, les conseillers font office de médiateurs, au nom des députés de leur famille politique, à l’intérieur de leur groupe politique et vis à vis de tous les autres groupes et même institutions (Conseil + Commission) pour trouver des compromis sur des textes de loi applicables dans 27 pays.

Ou comment dénigrer un des postes les plus importants au Parlement.

La conseillère politique allemande autoritaire et son assistant

Comme toute bonne série, vous attendiez LE méchant, le « Frank Underwood » de l’Europe. Qu’y-a-t-il de plus méchant qu’un Allemand ? Une Allemande, bien sûr ! Et celle-ci est fermement décidée à faire passer ses amendements par le biais de son charmant assistant qui arrondit les angles, coûte que coûte.

Bref, le début fait Pschitt !

En 3 épisodes seulement, je suis ressorti déçu et irrité par cette série, ni drôle, ni crédible, ni bénéfique pour l’image du Parlement !

Peut-être en attendais-je trop ? Ce qui est certain, c’est que j’aurais aimé trouver une base crédible, a minima, sur laquelle rien n’empêche de dérouler une trame comique. Le Parlement n’avait vraiment pas besoin d’être personnifié par des personnages si caricaturaux !

En 3 épisodes seulement, à force d’accumuler des personnages extrêmement pénibles, elle finit par donner une image crasse du Parlement européen, composé d’incompétents et de parvenus.

A défaut de rire ou d’apprendre deux ou trois choses sur son fonctionnement, j’aurais apprécié que cette web-série puisse redorer le blason européen, ou du moins, créer un sursaut d’intérêt chez les Français qui, rappelons le, se désintéressent massivement et de plus en plus de la politique et des élections européennes. C’est raté !

Episodes 4 – 10

Bref, je ne comprenais pas l’afflux de critiques élogieuses des médias français à propos de cette série. Avaient-ils fumé la moquette ou sont-ils à ce point ignorants de ce qui se passe à Bruxelles ?

Pour en avoir le coeur net, j’ai regardé le reste de la 1ère saison…

A ma grande surprise, les épisodes 4 à 6 étaient bien meilleurs que les 3 premiers. Certainement grâce à la mise en retrait des personnages les plus pénibles et fumistes que sont le député et le conseiller politique. J’ai même apprécié l’épisode 6 qui a enfin délivré tout le potentiel comique que nous promettait la bande-annonce. Mais quel dommage de devoir attendre si longtemps !

Les épisodes 7 à 10, quoique moins drôles selon moi que les épisodes 4 à 6, restaient assez divertissants et pédagogiques.

D’un côté, on y découvre le Parlement de Strasbourg et le déroulement d’un vote.

De l’autre, c’est aussi l’occasion d’observer le chemin parcouru par les 3 personnages les plus intéressants : l’assistant parlementaire, devenu entre temps un assistant aguerri; l’assistante britannique toujours à la recherche d’un job, et la conseillère politique allemande qui, dans une scène mémorable, finit par « péter un plomb » en s’interrogeant sur la vanité et les égoïsmes européens. Je n’en dirai pas plus, mais c’est du grand art !

Alors « Parlement », top ou flop ?

Après une première version de cet article très sévère, basée sur les 3 premiers épisodes, je serai plus modéré dans ma conclusion.

Si vous faites partie des 50% de Français europhiles, alors vous passerez probablement un bon moment. Il suffira de passer les débuts…

Ce qui m’inquiète fortement, c’est la perception de l’autre moitié des Français, soit les 25% qui ont voté deux fois d’affilée pour un parti ouvertement europhobe (le RN) + les 25% de Français eurotièdasses pour qui tous les maux de la France sont de la faute à Bruxelles !

A fortiori si ce public ne dépasse pas le cap du 3ème épisode, conforté dans son dégoût des institutions européennes, à la vue de ces caricatures tellement proches de leur « réalité ».

Quelle image ces gens garderont-ils du Parlement ? Un « baisodrome » ? Un nid d’imbéciles payés très grassement pour produire des tonnes de textes à utilité variable ? Une collection de chauds lapins pique-assiettes qui se régalent des jupettes virevoltantes et autres petits canapés offerts aux frais du contribuable ? Je serais curieux de lire l’avis de supporters RN ou Insoumis.

Au final, je me dis que le potentiel tragi-comi-pédagogique est bien là. Je ne regrette donc pas d’avoir regardé cette première saison, et je me dis même qu’une deuxième pourrait être viable. En espérant que les travers de cette saison soient corrigés d’ici là.

Post Scriptum

PS 1: Le géoblocage, ça ne sert à rien !

J’ai oublié de dire que cette série « européenne » est géobloquée et donc visible uniquement depuis la France ! Vive l’Europe !

Un fait aberrant de base, a fortiori pour une production franco-belgo-allemande…

PS 2: Mes conseils aux scénaristes

Quelques suggestions en cas de saison 2 : aborder les thèmes de la précarité généralisée, de l’administration pantouflarde, des histoires de harcèlement sexuel, etc. Tous ces sujets bien connus en interne et dont personne ne veut parler, sous peine de représailles…

Pour moi, une bonne série sur le Parlement européen devrait être capable de restituer son image, pour le meilleur et pour le pire, pour mieux la réhabiliter.

Cela passe par la dénonciation de ses abus et de son côté absurde, certes nombreux, mais pas plus que dans les institutions françaises, soit dit en passant.

Cela devrait aussi passer par la réhabilitation de nombreux employés dont le rêve européen a été écrasé sous le poids de la hiérarchie et des calculs politiques. Il n’y a certes, à ma connaissance, pas de meurtre au Parlement, comme dans House of Cards, mais il y aurait de quoi s’inspirer d’histoires de manipulations et de chantages réels pour insuffler une dimension de thriller à la fiction…

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