Deux présidentiables à Bruxelles: Episode 1

sarko ségoLe titre est moins sexy que « deux flics à Miami », mais c’est un fait: Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, en pleine (pré)campagne électorale (sans être encore officiellement candidats), feront un détour par la capitale européenne.

Jeudi et vendredi prochains, le ministre de l’Intérieur et président de l’UMP rencontrera le Premier ministre belge Guy Verhofstadt, son homologue Patrick Dewael, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, puis Hans-Gert Pöttering, le chef du PPE-DE, Franco Frattini, le commissaire européen chargé de la Justice, de la Liberté et de la Sécurité. Il terminera par un discours devant la Fondation Les Amis de l’Europe et la Fondation Robert Schuman sur sa vision de l’Europe.

Madame Royal, quant à elle, rencontrera Mr Barroso le 13 septembre.

Double événement dont on peut se réjouir évidemment. Un tel « détour » devrait d’ailleurs être un must pour tous les candidats de 2007 qui se disent (un tant soit peu) Européens et le sont (d’ailleurs). Les nonistes iront-ils à Bruxelles? J’espère bien voir MM Besancenot ou Le Pen fouler le parvis de la Commission Européenne!

Ne nous emballons pas trop non plus. Mme Royal n’a pour l’instant aucune politique européenne dans ses cartons et aura du mal à en avoir une quand on sait la fracture indélébile qui divise le PS à ce sujet!

Mr Sarkozy aurait mieux fait de ne pas en avoir il y a quelques années lorsqu’il proposait la création d’un directoire avec les 6 plus grands pays de l’UE. Proposition heureusement passée sous silence depuis. A présent, le leader de l’UMP, conseillé par André Lamassoure et VGE, propose la fixation des frontières de l’UE et plus d’Europe en matière de politique étrangère, de défense, d’énergie, de recherche ou encore de lutte contre la criminalité.

Plus d’Europe de l’énergie?

Cela veut-il dire une vraie collaboration inter-états? La seule évocation de la fusion entre le français Suez et l’italien Enel n’a guère plu à l’UMP. En France, on semble encore préférer les mariages franco-français. Alors quelle énergie? Donner une ligne directrice à l’UE? Quand on sait l’Allemagne en phase de dénucléarisation et la France attachée à sa puissance nucléaire, on imagine mal un pays imposer une ligne à l’autre. A fortiori à 25!

Plus d’Europe de la défense et la politique étrangère?

L’envoi de troupes européennes au Liban est un premier pas à concrétiser. Si l’UE devait un jour prendre la voie d’une véritable communauté de défense, on dépasserait alors le simple Eurocorps. Supposer une véritable Europe de la défense supposerait, à mon avis, que la France fasse un geste hautement symbolique: déplacer le contrôle de son arme atomique au niveau européen. Paris serait-elle capable de partager cet héritage gaulliste à forte valeur national(ist)e?

Plus de recherche?

Nos dirigeants français et européens n’ont de cesse de le prôner, mais finissent par jeter ce projet aux orties quand se pose la question du financement. L’UE n’a pas de budget!
Les bons mots sont de mise pour prononcer sa vision des choses, mais le temps n’est-il pas venu de faire des promesses européennes fermes? J’attends avec impatience de voir le contenu européen des programmes présidentiels de 2007. D’ici là, je me contenterai des sourires « bright » des deux leaders français foulant les tapis rouges bruxellois.

6 réflexions au sujet de « Deux présidentiables à Bruxelles: Episode 1 »

  1. Que dire. Bon ton article est juste. Royal n’a aucun programme européen
    quant à Sarko, pendant la campagne référendaire, on ne l’a pas vu beaucoup. Bizarre!
    Et sinon, l’Europe de la Défense, ce serait un beau projet, mais quand?
    Je te trouve un peu sévère au niveau du nucléaire. La france n’est pas le seul pays. Et la Finlande?
    Pour la fin, bonne conclusion.

  2. Cédric,

    Monsieur Sarkozy a proposé à Monsieur Baroso un mini-Traité pour faire avancer ce qui est en souffrance.

    J’ai deux questions:

    1] Vous savez comme moi que les effets du non français ou hollandais ont été annulés le 14 juin par deux textes savants votés par tous les députés de droite français par exemple. J’ai eu cru y voir un déni de l’expression des urnes?

    2] Quels seraient selon vous les points à enlever du texte sur le TCE?

    Merci de vos réponses exhaustives

    Thomas Rudolf RzM 67

  3. Thomas,

    1) J’ai entendu parler de cette histoire et je sais aussi que cet amendement a été proposé par un eurodéputé du PSE. Je salue ton souci d’impartialité politique et ta volonté de parler d’un sujet sur sa ligne européenne plutôt que partisane. Pour finir sur cette parenthèse partisane stérile, je te ferai aussi remarquer que le buzz sur le net n’a été véhiculé que par des anti-européens tantôt de gauche, tantôt de droite, soit dans l’extrême, soit tout proche…
    Maintenant sur le fait lui-même, je m’en étonne mais je ne m’en inquiète pas outre mesure. Une explication du vote de l’UMP tiendrait au fait d’une promesse de Chirac faite à Mme Merkel qui, comme on le sait, veut imposer le TCE tel quel en 2007. Si je dis ne pas être inquiété, c’est que je pense que si cet amendement devrait se concrétiser, on arriverait à un nouveau blocage et une rupture encore plus grande entre les élites et le peuple. Par ailleurs, ces dernières années, nos gouvernants nous ont montré tout et son contraire. La directive Bolkestein fait figure d’exemple en la matière. Soyons réalistes, le TCE tel que signé à Rome n’entrera jamais en vigueur.

    2) La réponse se trouve dans le billet suivant.

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