Deux présidentiables à Bruxelles: Episode 2

Après l’idée de scénario dans mon précédent billet, voici la première partie de l’histoire. Il y a plusieurs jours, Nicolas Sarkozy est donc venu à Bruxelles. Il a vu le Président de la Commission Européenne. Il a (probablement en partie) vaincu le scepticisme de certains.

Hier, Ségolène Royal est venue à Bruxelles. Elle est entrée par une porte dérobée. Elle s’est glissée jusqu’à José. Elle est repartie par une porte secrète en lançant quelques piques à son ami Nicolas.

Un présidentiable à Bruxelles

Malgré l’avis général, la politique a cette qualité rare d’être imprévisible. Mr Sarkozy n’y échappe pas. Il n’évoque plus (à la bonne heure!) l’idée du directoire entre grands pays, bien trop exclusive et injuste. Son discours a été largement recadré par ses conseillers en la matière: André Lamassoure et Michel Barnier (ancien Commissaire et Ministre des affaires étrangères).

En vrac donc, le candidat UMP souhaiterait faire voter un mini-traité à base du TCE en 2007 et relancer la rédaction d’une Constitution avec une Convention (sous forme d’Assemblée constituante?) d’ici 2009. L’idée a tout pour plaire. Les nonistes n’ont fait que critiquer la 3ème partie du TCE. Les Français, lorsqu’on les interroge, disent ne pas aimer (à juste titre) cette partie tout en approuvant les directions annoncées par les 2 premières. Celles-ci ayant été enterrées dans la foulée alors qu’elles représentaient une avancée intéressante notamment, par exemple, sur le fait d’avoir un véritable ministre européen des affaires étrangères, une plus grande interaction entre le Parlement Européen et les Parlements nationaux ou encore un usage étendu du vote à la majorité qualifiée. Là est l’enjeu du mini-traité qui sera intéressant si et seulement si un véritable chantier constitutionnel est mis en place en 2009 comme promis.

Autre point intéressant, Mr Sarkozy exige une délimitation des frontières de l’UE, inscrivant la question de la Turquie dans cette problématique. Tout à son honneur, à l’opposé de nombreux leaders européens qui préfèrent éluder le sujet par laxisme ou par lâââcheté comme dirait Mr De Villepin.

Sarkozy marque des points dans le coeur des fédéralistes, mais tout reste à faire et l’heure n’est plus aux belles paroles. Par ailleurs, le candidat à la présidence française devra composer avec sa famille gaulliste qui même en voie de disparition ne reste pas moins farouchement opposée à toute idée de fédéralisme. Fait d’autant plus insolite que la gauche française, très longtemps à la pointe de la question européenne, semble au pas depuis la débâcle du référendum et malgré leurs réuni(ficati)ons de façade. Mais que répond Ségolène Royal dans cette guerre médiatique à distance?

Une présidentiable à Bruxelles

Car celle qui semble incarner une « rupture » à gauche semble en panne sur l’Europe. Son arrivée toute discrète à Bruxelles en dit long sur ses intentions. La madonne, qui devait donner conférences de presse et interviews devant le Parlement et la Commission, a finalement tout annulé à la dernière minute sans explications. L’explication: elle a été prise de court par le leader de l’UMP… A cela s’ajoute une rumeur absurde selon laquelle personne ne sait si elle s’est invitée chez Barroso ou l’inverse.
Ce qui m’amène à ce constat: ou bien la madonne partage les idées de Sarkozy et préfère une inhabituelle discrétion à la honte d’approuver son ennemi de 2007. Ou bien, elle n’a tout simplement rien à dire sur le sujet européen. Ce qui est gênant lorsqu’on vise une destinée internationale.

Par la voix de Gilles Savary, elle annonce un jour ne pas vouloir/pouvoir aborder le sujet « à la hussarde » en 30 minutes. Mais le lendemain, virage à 180°, attirée par les flashs telle une ourse sentant le miel, Mme Royal a tout de même livré en quelques minutes le fond d’une subtile ambition pour l’UE. Sarkozy parle trop durement de la Turquie, mais il serait bon de fixer des frontières à l’Europe…

Comme avec les jeunes socialistes à la Rochelle, Mme Royal préfère éluder les problèmes: « c’est une erreur de mettre la réforme des institutions comme préalable à la définition des actions européennes et à la définition d’un avenir pour l’Europe ». Comprenons: le mini-traité de Sarkozy autant qu’une Constitution en 2009 ne sont pas à l’ordre du jour.

Mais comment compte-t-elle s’y prendre, demain à 27 (voire plus après-demain) pour faire avancer un mammouth européen de plus en plus lourd? Pourquoi donc attendre? D’après Mme Royal, les Français (et surtout les dirigeants du PS, d’après moi) doivent d’abord se réconcilier avec l’Europe. Mme Royal a bien la carrure présidentiable: à l’instar des dirigeants européens actuels, elle préfère le statu quo et le chacun pour soi dans son pays, l’Europe on verra après!

Pour le reste et à l’instar de son rival (cf. billet précédent), elle recycle les bonnes vieilles idées universelles du genre favoriser la recherche, mais sans préciser le mode de financement. Ou encore de citer « l’Europe par la preuve » qui n’est pas sans rappeler l’Europe des projets ou des résultats défendue par Jacques Chirac. Belles références! Comme si l’A380 avait favorisé à créer un sentiment européen et éviter le NON au référendum pour le TCE.

Les pères fondateurs ont misé, avec succès, sur l’économie. Cettte époque est révolue. Quand comprendra-t-on enfin qu’une partie des solutions se trouve dans l’éducation! Enseignons l’Europe, apprenons à la vivre et à l’aimer dans sa diversité! Nos candidats sont encore visiblement bien trop nationalistes pour porter un regard européen éclairé. Le NON n’a peut-être pas encore fait assez de dégâts, sembe-t-il…

Post-Scriptum

A propos de la prestation de Nicolas Sarkozy, je vous invite à lire l’article d’Emmanuel sur le Taurillon. Pour Ségolène Royal, je vous recommande la lecture de l’article « Courage, fuyons! » sur le blog de Jean Quatremer.

10 réflexions au sujet de « Deux présidentiables à Bruxelles: Episode 2 »

  1. Selon ma verve habituelle j’aime à dire aux parisiens héberlués que « Paris s’arrête à Marne-La-Vallée et que l’Europe commence juste derrière. »

    Mais leur monde étant si fermé, et, blotis dans le creuset du bassin de la France, ils me rétorquent que j’embrase de nouveau la guérilla IdF/Pprovince. Je réponds: « non, IdF/Europe. » Je ne reviens plus sur le fait que nous aurons le TGV (en site propre) que vers 2012, ce qui veut dire que Paris coupe l’arrière-pays français de l’Europe, car vu de Strasbourg, au milieu de la bananne fertile allant de Milan à Rotterdam, la France n’est qu’un arrière-pays. Vu de Berlin, encore plus.

    Oui, strasbourgeois, né à côté du Parlement Européen, j’ai rejetté le chapitre 3, j’attends ce Plan-B, et en plus j’attends le 1ère République d’Europe. Malheureusement la France a fait semblant de s’interroger sur le non, mais s’est arrêtée en chemin sur le décalage des sondages et des urnes, sans en tirer les conséquences. On a pris les nonniste pour des ingrats et on n’a pas mis le temps à la réflexion.

    Pourriez-vous nous informer si la Hollande a elle-même avancé sur un Plan-B?

    L’année 2007 avec sa Présidentielle et ses Législatives n’apporte rien de bon en ce sens.

  2. Thomas, je te rappelle que le mythe du plan B a été avancé par les leaders nonistes français et que les Hollandais n’ont pas voté non pour les mêmes raisons… Comme tout mythe, on en a vu la couleur. Il est facile ensuite d’accuser les gouvernements qui, eux, n’ont jamais promis de plan B! Au lieu de me poser la question, pose la à A Laguiller, MG Buffet, O Besancenot, L Fabius, P de Villiers et JM Le Pen. Comme toi, j’attends toujours. Mais à dire vrai, je savais dès le début que l’attente serait vaine venant de tels énergunèmes.

    Pierre, merci pour le trackback 😉

  3. il s’est fait complètement automatiquement ce trackback! 🙂

    Merci pour ta note, je n’avais pas du tout suivi la visite de Sarko à Bruxelles…
    Pour ce qui est du Plan B, comme du plombier Polonais, la connerie a été balancée par un tenant du OUI: Jacques Delors. Elle a ensuite été allègrement exploitée par les nonistes, évidemment…

  4. Comme tu dis, les propos de Delors ont été largement exploités, mais aussi détournés par les nonistes. Car Delors, contrairement aux nonistes, n’a jamais annoncé de plan B mais dit quelque chose du genre: « S’il y a un plan B, alors je l’étudierai ». Ce qui n’est pas exactement la même chose. Après, on peut crier au scandale, à la surmédiatisation du camp du oui, etc…

    Maintenant le mal est fait de toute façon, il faut se retrousser les manches pour sortir une véritable Constitution en 2009 qui soit autre chose qu’un réchaufffé de traités économiques.

  5. Cédric,

    voici l’extrait du Monde du 13 mai 2005. Delors, tellement pro-européen, qui était ancien Président de la Commission européenne n’a pas parlé dans le vide dans un entretien au Monde (du 13 mai) au sujet du PLan-B:

    >>>>> début de l’Extrait:
    « Le devoir de vérité impose de dire qu’il peut y en avoir un, mais il faut expliquer l’extrême difficulté du problème. »

    Tant que les nonnistes passent pour des zozos et tant que l’on pense qu’un « mal » a été fait, on n’arrivera pas à réfléchir au message des Français et des Hollandais (que vous nous préciserez ici dans cette tribune) et donc à repenser le TCE pour parvenir à la 1ère République d’Europe.
    Le « mal » était arrivé par le site d’Etienne Chouard qui est en accord avec vous, car il a ouvert depuis quelques temps le laboratoire citoyen du Plan C: http://etienne.chouard.free.fr/. En effet la France avait vécu un très grand moment de la Démocratie en s’étant réapproprié depuis le site sus-cité le débat euroopéen qui avait été confisqué par les politiciens, les éditorialistes, les columnistes et leurs produits dérivés que sont les instituts de sondage. (Sachons que Laurence Parisot du Medef est par exemple directrice de l’IFOP, et face aux fossés répétés entre les sondages et les résultats des urnes, il faut l’écrire). D’autre part, l’annonce quelques jours avant le 29 mai de l’ouverture officielle des négociations de l’adhésion de la Turquie avait juste révélé l’interrogation nécessaire et obligatoire qu’il fallait poser avant le référendum: Quelles sont les limites de la 1ère République d’Europe.
    Vous comme moi, Cédric, nous voulons l’Europe. Ne cataloguez pas les voies des urnes avec celles des personnes du cirque politique que vous citez. Longtemps, très longtemps, avant le TCE du 29 mai et après je lisais dans le journal allemand de centre-droit, le Frankfurter Allgemeine Zeitung (le plus lu et d’une très haute tenue linguistique et intellectuelle) que les français avaient eu une très grande chance de débattre sur le TCE, et que les allemands regrettaient de ne pas pouvoir le faire.

  6. Thomas, tes lectures et ton goût pour les écrits de Mr Chouard n’engagent que toi.

    Pour la dernière fois, je tiens cependant à te préciser le fond de ma pensée. Autant j’ai du respect pour la plupart des nonistes-électeurs. Autant je n’en ai aucun pour les leaders politiques qui ont menti l’an dernier et qui préfèrent maintenant leur gloriole personnelle plutôt que de servir leur électorat et l’intérêt collectif. Honte à l(‘extrême) gauche noniste qui a fait feu de tout bois l’an dernier, promettant une grande liste d’union pour 2007, un grand mouvement alternatif et qui aujourd’hui s’est transformé en une grande liste d’individualismes pour la présidentielle française. Je ne soutiens pas leurs thèses. Pour autant je trouve que ces gens font preuve d’un irrespect pour leurs électeurs.
    Tant qu’on cautionnera ce genre d’actes, n’allons pas pleurer la désaffection générale des citoyens pour les urnes et les formules toutes faites à la « tous pourris! ».

    Le seul point où tu a raison est que le TCE a généré un débat sur la place publique européenne qui était nécessaire et que beaucoup d’autres Européens ont effectivement regretté de ne pas avoir. Mais là où tu sembles aveuglé, c’est que tu ne vois pas ou ne veux pas voir qu’il existe des réseaux associatifs qui réfléchissent à l’Europe depuis des années et n’ont pas attendu le pamphlet de Mr Chouard pour tirer la sonnette d’alarme. Délaisse un peu tes sites de nonistes qui tournent en rond et viens faire un tour sur le Taurillon!

  7. Le débat ne tourne plus autour de ces saltimbanques de la politique et je vais moi-même les interroger sur leurs sites. Monsieur Bayrou ne répond pas non plus sur son blog.

    Le non n’est pas le leur, c’est celui des français. Pouvez-vous m’expliquer les effets concrets de l’annulation des non français et hollandais par le vote des euro-députés du 14 juin?

    Le non étant annulé, que va-til se passer? La voie est ouverte pour tout maintenant, non? Par la voie de la Directive?

    Dommage que toutes les autres associations dont vous m’entretenez ici n’aient pas su à l’époque susciter et nourrir le grand débat français sur le TCE.

  8. Mon propos est impartial et je juge tous les saltimbanques de la politique que je nomme.

    Le non appartient aux français, pas à ceux là.

    Ne jouez pas avec les mots et ne détournez pas mes questions.

    S’il n’y avait pas une reprise en main par la blogosphère de la démocratie avant le 29 mai, il n’y aurait pas eu de débat en France: c’est le mérite du site d’Etienne Chouard. Je n’ai rien écrit d’autre à son sujet.

    Une solidarité a 100% relève des régimes totalitaires, il y avait deux réponses possibles à la question posée.

    Maintenant, répondez à mes questions.

    Le non français et hollandais ont été annulés par deux votes des eurodéputés au Parlement Européen le 14 juin dernier. La gauche française et les verts n’ont pas voté pour ces textes qui renient le référendum. Ceci est un fait, point.

    Qu’en est-il de la légitimité des urnes?

    Qu’en est-il alors du Plan-B?

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