Vers une téléphonie mobile européenne?

open orangeChaque fois qu’on se déplace en Europe avec son téléphone portable, toujours le même rituel:

1. D’abord on rallume son téléphone pour constater un changement d’opérateur.
2. Ensuite, on appelle ou on reçoit des appels depuis ou vers son pays d’origine.
3. On reçoit la facture bien salée, si possible hors forfait (pour ceux qui en ont un), de son opérateur national chéri.

Ces faits sont bien connus des Européens qui, comme moi, ont du mal à rester dans un cadre national. A fortiori quand on est frontalier! D’aucuns diront que cette tarification est justifiée puisqu’elle existe depuis toujours. Je préfère qualifier ce procédé de différents noms: racket, arnaque, ou vulgairement foutage de gueule!

Le raisonnement économique des opérateurs mobiles tient en partie la route. Le fait d’acheminer un appel d’un pays/réseau vers un autre implique ce qu’on appelle le « roaming » ou « coût d’itinérance » en bon français. Pour faire simple, les opérateurs nationaux (Orange, Belgacom, T-Com…) achètent au prix de gros des minutes de téléphone à leurs homologues européens et les revendent ensuite au x-tuple à nous, chers clients. Bien sûr, nos opérateurs refusent de faire cadeau de ce roaming. Pourquoi un opérateur français ferait-il cadeau de ce service à un opérateur slovaque par exemple? Peut-être parce que – pour continuer avec cet exemple – Orange qui est leader en France mais aussi en Slovaquie a envie de rétribuer grassement ses troupes de part et d’autre de l’Europe. On comprend mieux dès lors l’intérêt de payer 1€ pour une malheureuse minute de communication.

Cela me rappelle le passage à l’euro en 2002. Malgré une monnaie unique, les banques facturaient à leurs clients une petite commission chaque fois qu’ils retiraient de l’argent dans un distributeur automatique d’un autre Etat membre de la zone euro. Malgré leurs protestations, malgré leurs menaces de faire faillite (dans un premier temps) puis de gonfler leurs tarifs (dans un second temps), les banques ont capitulé. 6 mois et une directive européenne plus tard, le résultat ne s’est pas fait attendre. On le voit encore aujourd’hui: on peut payer et retirer de l’argent n’importe où dans la zone euro sans frais supplémentaires. Parenthèse refermée.

Je trouve la comparaison banques-opérateurs de téléphonie mobile assez pertinente. A une différence près. Les banques sont encore très « nationales » et pouvaient faire valoir l’argument de coûts supplémentaires. Les opérateurs mobiles en revanche, Orange et Vodafone en tête, ne sont plus vraiment centrés sur le seul pays d’origine. Le premier est un leader en Europe, le second est leader mondial… J’aime d’ailleurs comparer les publicités Vodafone dans les différents pays européens où je vais. Heureusement pour eux, peu de clients ont remarqué que Vodafone a un très beau réseau européen et qu’ils pourraient proposer enfin de vraies formules européennes à des prix décents.

On ne nous parle pas beaucoup d’Europe des télécommunications, mais j’aime penser que ce thème viendra à la table des discussions tôt ou tard. Viviane Reding, la Commissaire européenne à la Société de l’information, l’a annoncé en 2006: il faut baisser les tarifs de roaming! De passage cette semaine au Cebit, le salon de l’électronique grand public à Hanovre, Mme Reding se serait montrée confiante sur le fait d’obtenir une baisse des tarifs dès l’été prochain. Il semblerait que les gouvernements, les autorités de régulation, les associations de consommateurs et les opérateurs commencent à se parler. En termes de tarifs, on devrait donc passer d’une situation de hold-up à un simple vol. C’est mieux, mais insuffisant. La résistance des consommateurs s’organise. En France, l’association de consommateurs UFC-Que Choisir fait pression sur les opérateurs.

Heureusement, les choses bougent un peu. En marge des grands acteurs, de nouveaux proposent des formules vraiment intéressantes. Je citerai Transatel et ses forfaits multinationaux où l’on peut choisir à la carte un vrai forfait valable en France et/ou en Belgique, aux Pays-Bas, au Luxembourg et peut-être prochainement aussi l’Allemagne. A des prix corrects qui plus est! Vodafone n’est pas en reste et vient d’annoncer une offre de forfait européen, non pas de téléphonie mais d’internet mobile. C’est un bon début. Orange propose aussi des forfaits professionnels qui vont dans ce sens. Des offres (chères) pour les professionnels… pas pour les consommateurs « de base » qui se font allégrement plumer!

Petit résumé des coûts à la minute pour un appel sortant / entrant en Europe (tarifs indicatifs)

  • Aujourd’hui: env. 1€
  • Proposition de la Commission: 0,49€ / 0,16€
  • Tendance été 2007?: 0,50€ / 0,25€

En mai prochain, les députés européens se prononceront sur le projet roaming de Mme Reding. Mais c’est lors du Conseil des ministres des télécommunications européens les 6 et 7 juin 2007 que tombera la décision finale. D’ici là, nous autres frontaliers pouvons continuer à appliquer le slogan du premier opérateur français: « Open* » (*Ouvrir). Ouvrir quoi? Son portemonnaie bien sûr! :-€

Dans cette histoire, l’agrume pressé n’est pas l’opérateur, mais bien le client. Pourvu que ça dure…

10 réflexions au sujet de « Vers une téléphonie mobile européenne? »

  1. Sehr informativ, cet article, merci !
    Et sache, Cédric, que je pleure avec toi, pour ce qui est le prix de télécommunication des frontaliers… 🙁

  2. 🙁 Esperons que la prochaine étape soit un forfait mobile européen… Etant étudiant francais en Belgique et voyageur tres frequent en Europe, je collectionne les cartes de Sim de chez Orange … Orange France, Orange Nl et Mobistar… quant à Transatel, j’ai essayé et le probleme pour SMSivore, c’est le fait que nous sommes obligés tout le temps de synchroniser les SMS des lignes des autres pays où nous nous trouvons… et c’est assez fastidieux!!!

  3. Lorsque, en voyage, nous appelons ou recevons un appel (appel en roaming), les opérateurs facturent à un prix exorbitant cet appel alors que son coût est très proche de celui d’un appel national (4 à 5 centimes de plus).
    c’est inadmissible.Afin que cela cesse, les associations de consommateurs proposent de baisser les prix du roaming,et de les rendre profitable à tous les consommateurs européens. Afin de concrétiser ce projet, vous êtes invités à prendre contact avec vos députés européens. Rendez vous sur :http://www.chermobile.org

  4. excellene vision du probleme avec tous les operateurs actuels en France
    qui de surcroit se sont plus ou moins concertés pour nous plumer en douceur
    à quand des tarifs comme aux USA
    que faudrait il qu’il se passe pour y arriver?
    merci de bien vouloir apporter votre vision des choses
    cordialement hubert

  5. Je suis tombé par hasard sur cet article. Nos opérateurs nationaux SONT DE FAIT des opérateurs européens (comme précédemment cité Orange et SFR/Vodafone). On nous parle tout le temps d’une identité européenne, à quand de vrais opérateurs mobile européens supprimant les frontières du roaming et améliorer nos déplacement téléphonique dans toute l’europe et avec la possibilité d’acheter son téléphone où l’on veut en Europe et qu’il fonctionne partout en Europe ? Qu’on ne me sorte pas que le territoire est vaste, de l’autre côté de l’Atlantique, ça existe…

  6. Bien etendu je suis décu de cette europe en télécomunication, comment voulez que l’europe grandi si les europeen ne peuvent tres peu communiqué entre eux pour une simple raison d’économie, moi aussi je dit coup de gueule pour avoir un opérateur européen(un vrai)avec un abonnement, un seul tarif, et une seule carte sim!

    Je suis éffaré mon pote au USA pour exemple ne paye meme pas depuis son mobile vers les télephone fixe mondiaux, quand il m’appelle de New York sur mon fixe c’est gratos, voila.

    PS: En Angleterre pour les banques c’est pareil pour une carte visa c’est gratuit! alors que fait notre France ou bien notre europe?

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