Sommes-nous condamnés à l'euronanisme ?

euronanismeSeraient-ce les mauvais sondages, le redoux ou encore trop de temps passé sur le web ? Tandis que les informations européennes en ligne se multiplient au rythme des « citoyens 2.0 », je sens en moi le seuil de satieté approcher. Il n’en faudrait pas beaucoup plus pour que je crie : « Asseeeeeez ! ». Mais qu’est-ce-qui ne va pas ? Peut-être un peu de tout ça…

Facebook

Le premier réseau social au monde est aussi un repère de premier choix pour les « européistes » de tous pays. J’y suis moi même membre d’une bonne poignée de groupes « européens ». Pourtant, je me surprends à recevoir sans cesse de nouvelles invitations.

Appartenir à un groupe Facebook, c’est un peu comme avoir une carte de membre/fidélité dans son portefeuille. C’est joli, mais pas toujours utile. Je citerai par exemple les groupes « Sauvons l’Europe », « élections européennes 2009 », pour ou contre untel, pour ou contre tel parti, mouvement européen version alpha omega, mouvement fédéraliste xyz, association européenne version beta epsylon ; des groupes tantôt en français, tantôt en anglais, tantôt dans les deux langues, pour ne pas mentionner les autres langues… Il ne manquerait plus que « Europe 2009, the final countdown » pour boucler la boucle ! Bizarre que personne n’y ait encore pensé…

Vidéos

C’est une évolution naturelle grâce à l’émergence d’outils de montage vidéo grand public et aux plateformes comme Youtube ou Dailymotion. Quelques exemples : le lipdub des Jeunes Européens Paris en 2008 ou, cette semaine, la vidéo « Don’t vote« . Une jolie vidéo que beaucoup (de commentateurs européens) ont apprécié, moi y compris. 5 minutes, 5 longues minutes. Pour qui déjà ? Pour ceux qui ne votent pas, vient-on de me dire dans l’oreillette. Une véritable gâterie pour tout citoyen engagé dans la cause européenne. Un ennui mortel pour les autres ? Combien de blogs généralistes l’ont reprise ? Combien de médias généralistes ? Et vos proches qui ne s’intéressent pas trop à l’Europe, qu’en pensent-ils ?

Twitter

Un formidable outil de veille et de partage d’information. Et pourtant, en dehors de la twittosphère européenne (médias, lobbies et blogueurs spécialisés en affaires européennes), j’ai comme l’impression que l’Europe n’y intéresse pas grand monde. Les hashtags #eu09 ont la cote… auprès des politiques, médias et blogueurs européens. Et des autres ? Twitter brasse toujours plus d’informations et de scoops entre initiés, c’est bien, ça me fait plaisir, ça te fait plaisir à toi aussi, cher lecteur utilisateur de Twitter, on se fait tous plaisir ! Mais quelle incidence sur le voisin, lui aussi sur Twitter, CSP+ et pourtant non-votant malgré son pédigrée ?

Benchmark 2.0

Et puis il y a tous ces sites mêlant information et pédagogie. Certains jouent la carte ludique, en testant nos connaissances sur l’UE (Le Monde) ou en nous situant sur l’échiquier politique européen (EUProfiler, Touteleurope) avec des résultats variables. C’est sympa, un peu comme les tests « Cosmo », mais à la sauce Euro.

D’autres sont là pour nous rappeller le travail (ou pas) de nos eurodéputés. On citera EPVote, Parlorama (actuellement fermé), VoteMatch ou encore Micandidate, certes tous différents mais finalement assez proches. Tellement proches qu’une question s’impose : tous ces créateurs de sites se sont-ils passé le mot ? Vous me direz, avec un peu de communication, tout le monde aurait pu s’entendre dès le début pour sortir rapidement un seul site exhaustif, agréable à utiliser, voire même recommandé et promu par les institutions européennes (qui n’ont pas daigné faire ce travail de transparence), en un mot un site référence pour tout le monde, y compris le citoyen lambda non-votant et non initié, au hasard d’un surf. Au final, chacun repartira avec sa gloriole et l’internaute fera son choix… ou pas.

Bilan

Toutes ces initiatives ont un point commun, on retrouve presque toujours les mêmes intervenants (moi y compris) impliqués de près ou de loin. C’est normal, je parle d’une communauté réunie autour d’un même centre d’intérêt. Tout ceci fait bien évidemment plaisir et il n’y a pas de mal à se faire plaisir. Notre vie d’eurofreak serait bien terne si nous devions nous contenter d’admirer le proactivisme barroséen ou encore l’omniscience sarkozienne. Mais à la fin de la journée, lorsque l’ignorance et le désintérêt général ressortent au travers d’un énième sondage ou lors d’une discussion dans la vie réelle avec des citoyens lambda (famille, amis, collègues…), la même question se pose irrémédiablement : à quoi tout cela sert-il ?

Qu’on ne s’y méprenne pas, je ne retourne pas ma veste. En matière d’Europe, mieux vaut trop communiquer que pas assez ; en l’occurrence, tous ces outils web visent à plus de transparence, ce qui était la dernière des qualités du petit monde européen jusque là, et c’est tant mieux ! Cela étant dit, à force d’autosatisfecit et de toujours plus de communication faite par et (finalement toujours) pour les eurofreaks, je me demande jusqu’où nous allons pratiquer « l’euronanisme » ?

2 réflexions au sujet de « Sommes-nous condamnés à l'euronanisme ? »

  1. Salut !!!

    Je crois qu’il faut « passionner » les citoyens d’Europe. C’est possible : qu’on se souvienne de 2005 !

    Le problème, je crois, c’est qu’il faudrait « traduire » une « loi européenne » en loi française pour qu’on puisse intéresser les citoyens.

    Par ex, si l’on expliquait que la « loi pécresse » est en fait une « transposition » du « processus de Bologne » et bien (bizarrement ?) les « jeunes » mais aussi les « universitaires » et pourquoi pas aussi les « parents » de ces « jeunes » et « universitaires » porteraient un autre regard sur l’UE.

    Qui sait, par ailleurs, que les « pôles de competitivité » sont directement inspirés de…La « stratégie de Lisbonne » ? N’est ce point digne d’intéresser les PME, et aussi les grands groupes ?

    Qui connait les « services publics d’intérêt général » ? Pourtant, vu l’importance du « service public » en France, dans les discours tout au moins…Cela devrait intéresser du monde !

    Qui pour faire un vrai bilan du mandat 2004 – 2009 du PE ? J’essaye de mon coté, mais si les autres bloggers (fais passer à ton voisin !!) veulent se mettre de la partie, ce serait bien !

  2. Je sens que tu es passionné toi aussi 😉 Prenons un peu de recul tout de même. Je m’inquiète justement dans ce billet d’un enthousiasme parfois exagéré venant des milieux pro-européens (moi le premier), en particulier militants. A vouloir convaincre le grand public que l’Europe, c’est super et qu’il faut absolument voter (pour), on en oublierait presque que justement l’Europe n’intéresse pas, pour de nombreuses raisons, et qu’une raison peut correspondre à un « type » de non-votant/non-intéressé et mériterait une réponse adaptée.
    Les solutions « 2.0 » abordées dans ce billet sont à mon avis un bon diagnostic pour une cible donnée, mais la réponse n’est pas assez pertinente et ne le sera pas plus tant qu’on restera la tête dans le guidon.

    Les thèmes que tu mentionnes parleront peut-être à une autre cible. Cela étant dit, j’ai quelques réserves sur tes propositions. Par exemple, transposer le processus de Bologne en sujet français, ça voudrait dire parler de la réforme LMD… qui jusque là, n’a pas vraiment intéressé les foules et on comprend pourquoi. A moins d’avoir un enfant lycéen ou étudiant, ce n’est pas une préoccupation majeure. A tort ou à raison. Plus que de longs discours, on se rend compte que le film « l’auberge espagnole » a fait plus pour l’image de l’Europe et de l’éducation que 10 ans de réformes, auprès des étudiants, mais aussi des proches, des parents, etc.

    Quant à dresser un bilan des eurodéputés, je te suis à 100%, mais relis bien le paragraphe « benchmark 2.0″… Tu me corrigeras si j’ai tort, mais tout seul, tu ne changeras rien au problème. Pis, tu perdras ton temps! Il existe déjà des initiatives dans ce sens, certes perfectibles, mais qui s’enrichiront avec tes suggestions. Restons passionnés et proactifs, mais gardons la tête froide et toujours une petite part d’euroscepticisme en nous-mêmes pour nous rappeller, si besoin en était, qu’une majorité de gens se fiche de l’Europe…

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