Sarkozy fera-t-il un bon président… de l'Europe?

Sarkozy BarrosoAprès 4 ans à ne penser qu’à ça pendant chaque rasage quotidien, Nicolas Sarkozy aura finalement atteint son objectif suprême: présider la France.

Hier soir, comme beaucoup de Français et de francophiles, j’ai suivi son discours étonnamment très axé sur la politique étrangère, notamment européenne. « Etonnamment » au vu de l’absence de tout sujet autre que franco-français durant sa campagne.

Où le nouveau Président s’est réaffirmé comme un Européen convaincu, à l’instar de son aîné, autre Européen flamboyant, j’ai nommé Jacques Chirac…

« Je veux lancer un appel à nos partenaires européens, auxquels notre destin est lié, pour leur dire que toute ma vie j’ai été européen, que je crois en la construction européenne et que ce soir la France est de retour en Europe. Mais je les conjure d’entendre la voix des peuples qui veulent être protégés. Je les conjure de ne pas rester sourds à la colère des peuples qui perçoivent l’Union européenne non comme une protection mais comme le cheval de Troie de toutes les menaces que portent en elles les transformations du monde.

La France de retour en Europe: de quelle France dans quelle Europe parle-t-il? Car bien plus que d’être Président de la France, Nicolas Sarkozy présidera également l’Union Européenne en 2008.

A l’heure européenne, le nouveau Président a naturellement reçu les félicitations de ses pairs européens, du Président de la Commission Jose Manuel Barroso à la chancelière allemande Angela Merkel. Le premier étant ravi du fait que « le vote des français [se soit] très majoritairement porté, que ce soit au premier tour ou au second tour, sur des candidats qui n’ont pas mis leur drapeau européen dans la poche« , renchérissant par « J’ai toute confiance en Nicolas Sarkozy (…) pour exercer un rôle moteur dans la résolution de la question institutionnelle et la consolidation de l’Europe politique« .

Certes, je ne vis plus en France, mais même avec un oeil extérieur, il m’a semblé beaucoup entendre la Marseillaise, voir énormément de bleu-blanc-rouge à toutes les sauces, mais ni bannière étoilée ni hymne à la joie! Ou bien l’ami Jose avait de la m..de dans les yeux ou bien le politiquement correct n’a pas fini de noyer l’Europe dans de l’auto-satisfaction dont elle ne devrait guère être fière.

Sarkozy sauveur des institutions européennes?

Son mini-traité a du bon, mais faire voter en catimini ce qui ressemble aux 2 des 3 premières parties du TCE (la 3ème étant de toute façon appliquée depuis toujours), cela revient à faire passer en force quelque chose qui a été refusé par le peuple. Et que penseront les Hollandais de cette manoeuvre? Par ailleurs, j’imagine mal le SuperPrésident faire un tour d’Europe pour expliquer qu’il faut tout récrire en mini et (re)voter en catimini. J’attends de voir.

Du reste, Sarkozy ne parlerait pas d’Europe?

Mon propos n’est pas tout à fait exact. Nicolas Sarkozy a bien parlé (un peu) d’Europe durant sa campagne. Il a bien pris soin de critiquer l’euro sans vouloir apporter de solutions (cf. Libération). Il a bien pris soin de critiquer plusieurs fois l’Allemagne pour avoir mis en place la solution finale et commis des génocides (cf. Taurillon). Il a bien pris soin d’expliquer que les Hollandais, en pratiquant l’euthanasie, sont proches des barbares (Extrait: « J’ai vu qu’aux Pays-Bas, c’est vraiment une société que je ne souhaite pas… à lire sur le salon beige). Il a bien pris soin aussi d’évoquer en filigrane son désir de créer un directoire européen entre grands pays laissant ainsi de côté les petits qui apparemment n’ont qu’à se taire (cf. article de J.Quatremer)!

Tout ceci tranche nettement avec les bonnes intentions formulées hier soir. Heureusement, maintenant que Mr Sarkozy est Président de tous les Français, gageons qu’il s’impliquera davantage et avec honnêteté dans le débat européen. Gageons qu’il appliquera sa désormais fameuse « rupture ».

Ce matin, en écoutant le journal de l’Europe, j’ai d’ailleurs beaucoup aimé la remarque prononcée par un diplomate italien qui espère que cette « rupture » consistera à abandonner la politique de la chaise vide!

Cher Nicolas, critiquer ses partenaires européens, par exemple sur l’immigration, sans vouloir se déplacer au conseil des ministres européens sur ce thème (cf. article), ça ne sert à rien! Critiquer l’euro fort et la BCE sans se demander pourquoi par exemple les Allemands tiennent tant à son indépendance, cela ne sert à rien!

Malgré les bons mots de Mme Merkel, « Il est important de poursuivre la coopération étroite et intensive entre l’Allemagne et la France« , les premiers mots du nouveau Président sont allés vers les Etats-Unis. Peut-être parce que eux, comme la France de Sarkozy, n’a pas besoin de repentance?

Maintenant qu’il est élu, je souhaite bonne chance à Nicolas Sarkozy dans son ambitieux programme de réformes pour la France. Malheureusement, je n’attendrai pas grand chose de la part d’un Président qui semble apprécier une lecture sélective de l’Europe, de son histoire, de ses institutions. Je ne m’attendrai pas non plus à ce qu’il s’excuse de son arrogance et de ses propos absurdes auprès de l’Allemagne et la Hollande en tête.

Finalement, la rupture européenne de Sarkozy, si elle se réalise, se fera, je pense, en interne dans son parti avec les derniers militants UMPistes qui pensaient trouver une issue européenne heureuse dans ce mouvement.

Une réflexion au sujet de « Sarkozy fera-t-il un bon président… de l'Europe? »

  1. Avec la photo du nouveau Président, tu devrais être comblé. Plus ithyphalle que ça tu meurs.

    Mais veut-il la même Europe que moi, que toi?

    Enfin, il se rapproche de ton top banner, avec un Euro au centre de la mire.

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