ME, Sylvie Goulard & l'Europe des citoyens 2.0

Sylvie GoulardPuisqu’on nous assène de web 2.0 à toutes les sauces, je propose le lancement d’une initiative tout aussi utile, le lancement de l’Europe des citoyens 2.0.

Ce qui m’amène à parler du Mouvement Européen, seule association européenne transpartisane et militant pour une Europe fédérale. Une initiative lancée en 1949 et que malheureusement trop peu de personnes connaissent. 🙁

Le Monde y a pourtant consacré un article il y a quelques jours. Pour la première fois, le Président du Mouvement a en effet été élu par les adhérents de l’association et plus simplement nommé par le sérail. Pierre Moscovici, qui a fait voter cette réforme des statuts en 2005, a ainsi été battu par Sylvie Goulard. D’apparence anecdotique, ce micro-événement marque la victoire d’une personne issue du civil (elle est Professeur de Sciences Politiques) face aux appareils de parti qui depuis toujours ont verrouillé l’association. Moscovici avait pourtant anticipé le coup en se présentant en « ticket » avec le député UMP Pierre Lequillier. Le premier devant diriger en 2007, le second supposé prendre la relève… Pas de chance! Il n’y aura ni UDF, ni UMP, ni PS!

Certes, Sylvie Goulard est énarque. Mais elle a de nombreuses qualités: elle est germaniste, a travaillé durant 3 ans auprès de Romano Prodi et surtout semble trancher avec une ligne jusque là bien consensuelle pour ne pas dire convenue. On a reproché à Moscovici son manque de présence lors du débat autour du TCE. Dommage en effet que le désormais ancien Président de notre mouvement n’ait pas plus fait bénéficier l’association de son pouvoir médiatique. Comme beaucoup de politiques, un tour de médias et puis s’en va?

Sylvie Goulard pense, à juste titre, que le renouveau viendra de la société civile. « Nous avons fait le constat que les hommes politiques n’ont pas le temps de s’occuper du mouvement », dit-elle, renchérissant: « L’enjeu des prochains mois est de savoir si nous allons interpeller les candidats à la présidentielle. C’est plus facile si on n’est pas dans les officines de campagnes ». Une belle leçon à méditer au passage pour le monde politique français largement énarchisé et fonctionnarisé.

Mme Goulard, en franc-tireur, tranche également par sa position concernant la Turquie. Son livre Le Grand Turc et la République de Venise dit tout haut ce que certains politiques disent dans leur moustache et ce que nos dirigeants européens refusent d’admettre: l’Europe politique ne se fera jamais avec la Turquie. Mais qui veut encore de cette Europe politique que d’aucuns considèrent comme ringarde? Après tout, doit-on blâmer ces hauts dirigeants de vouloir bazarder l’UE sur l’autel de la seule économie? Il est tellement plus confortable de se contenter d’une Europe des capitaux que de viser à une entité politique qui, elle seule, redonnerait cet espoir, cette raison d’être à l’UE et peut-être à ses citoyens si cette raison d’être redevient ambitieuse.

En se positionnant a contrario de son prédecesseur, défenseur mou de la Turquie, elle brise aussi la non-position du ME concernant les frontières de l’UE. Car aussi fédéraliste le Mouvement soit-il, il n’en est pas moins hétérogène lorsqu’il s’agit de préciser les limites de l’UE: qui, où, quand..? Gageons que ce débat sera ouvert au sein du Mouvement. Et pourquoi pas adopter une position commune?

Finalement, je me demande si les polémiques euroturques à répétition de ces derniers mois n’arrangent presque pas la Commission. Quel formidable feu de joie! Quel formidable écran de fumée pour cacher un TCE agonisant, des divergences sur la question énergétique, des petites rivalités nationales ça et là…

Continuez ainsi, Madame Goulard! Il est temps de dire les choses telles qu’elle sont. C’est en donnant un bon coup de pied dans la masse qu’on fera avancer cette Europe des citoyens 2.0! Et toi, lecteur, qu’attends tu pour rejoindre le mouvement?

6 réflexions au sujet de « ME, Sylvie Goulard & l'Europe des citoyens 2.0 »

  1. Parler absolument des  »frontières » de l’Europe était pourtant également l’une des nombreuses  »lubies » du Président Moscovici (une passion bien partagée avec son actuelle nouveau successeur, donc…). Si bien qu’il avait même confié une mission de travail sur ce sujet à l’universitaire bien connu Philippe Moreau Defarges.

    Débat un peu surréaliste et complètement stérile puisque aux contenus en fait assez peu scientifiques (et sur lesquels on peut effectivement dire absolument tout et son contraire).

    D’où l’intérêt d’arrêter sans doute de parler des  »frontières » de l’Europe (historiquement à géométrie variable et évolutives…) pour peut-être mieux s’arrêter sur ses  »limites » politiques et – à l’heure actuelle, faute de réforme structurelle – institutionnelles.

  2. Une « frontière » n’est jamais qu’un ligne sur laquelle on va se battre, au front.

    La logique européenne est de dépasser les frontières par les coopérations. Et si un partanariat étroit type Espace Economique Européen élargi, mais sans accès aux instittions de l’UE, était la clé avec la Turquie?

    Le souci c’est qu’à côté des conidérations géographiques et de politique interne se dévoile un souci plus diplomatique: la Turquie en Europe pourrait être l’ouverture d’un vraie PESC, l’extension de la politique de voisinage à l’Iran, un vecteur fort de pacification du Proche-Orient…

  3. C’est toujours l’extrême confusion !

    le Conseil de l’Europe ( oui il y a Europe dans le titre!) réunit 47 pays dont la fédération de Russie et la Turquie. Ces pays se sentent européens et cherchent ( bien sûr difficilement pour les pays cités, mais pour la Turquie depuis 2000 il y a eu de réels efforts), sur base des conventions Conseil de l’Europe, à appliquer les valeurs européennes qui sont démocratie, règle de droit et droit de l’homme. Le nombre de pays, et donc les frontières d’Europe ont été définies en 1992 par décision politique.

    Et il y a l’Union Européenne. C’est pour elle que l’on dit que les frontières ne sont pas définies, pas pour l’Europe. Effectivement tous les pays ( sauf la Russie) aspirent un jour à entrer dans l’UE. Nos politiques, hier Sarko à Bruxelles, sont coupables de confondre tout et de donner des signes négatifs aux pays qui ne sont pas dans l’UE, qui cherchent néanmoins à s’adapter aux valeurs européennes. Ceci sur le plan historique risque d’être complètement contre-productif et générer des retours en arrière dramatiques ( exemple, l’islamisation en Turquie)

  4. Les frontières de l’Europe traditionnellement reconnues comme telles sont conventionnelles et complètement arbitraires (qui plus est : évolutives et à géométrie variables selon les époques et selon les projets politiques mis en avant par les uns et par les autres). Qui plus est, ces  »frontières traditionnelles » sont le fruit de décisions politiques arbitraires qui ne veulent strictement rien dire sur le strict plan géographique et sont des absurdités au regard des sciences humaines et naturelles (puisque ni géologique, ni historique, ni culturelle d’ailleurs).

    Par ailleurs, je ne sais pas quels sont exactement les projet européens du Conseil de l’Europe, de la Commission européenne actuelle ni même exactement quel est celui du ME-France, mais je puis vous assurer que le projet fédéraliste défendu aux JE-France et par la JEF-Europe (et à l’UEF) n’est pas un projet identitaire (ni géographique, a priori enfermé dans quelque périmètre géométrique préconçu) devant  »absolument » coller aux dîtes  »frontières (conventionnelles) de l’Europe ».

    En revanche juste préciser qu’il s’agit là d’un projet politique et civique reposant sur l’acceptation des règles de droit et sur les principes mêmes du fédéralisme.
    Et selon l’acceptation (ou non) des Etats, peuples et citoyens d’Europe (et, pourquoi pas, de son environnement proche) ce projet politique sera en-deça (noyau dur ?) ou débordera bien au-delà (pourquoi pas ?!) des fameuses frontières conventionnelles continentales de l’Europe, lesquelles ne doivent pas être pour nous ni une contrainte, ni une limite définitive à ne décidément pas pouvoir dépasser, ni un objectif à vouloir atteindre absolument). Qu’en sera-t-il, seul l’avenir le dira.

    Nb : Il est tout de même assez étonnent que le mythe des  »frontières naturelles » (concept tout droit sorti de la mythologie  »stato-nationaliste ») vienne ainsi perturber la réflexion de militants fédéralistes. Dont l’idéal politique ultime même devrait normalement la réunification du genre humain et l’avènement kantien de la  »république universelle des Etats ». Et ce, par le dépassement des frontières (toutes les frontières…) et par une reconnaisance sans équivoque de la suprématie universelle du Droit (mais pas par l’édification d’une  »super-frontière » continentale entre notre Union à venir et le reste du monde…).

    (NB : La JEF-Europe étant donc, en toute logique, une association membre du WFM / World Federalist Movement).

  5. La question des frontières « politiques » de l’UE est et sera une question centrale. Par ailleurs, frontière ne rime pas avec rideau de fer. Arrêter les frontières « politiques » de l’UE avant la Russie ou la Turquie ne signifie pas qu’on rejetera ces pays à des années lumière de nous. L’UE devra d’ici là mettre en place une véritable politique de voisinage et cesser de poser la question en terme d’adhésion de plein droit sinon rien.

    @Pierre: pas mieux, le partenariat privilégié n’a rien de déshonorant, bien au contraire

    @Catherine: Oui, dans Conseil de l’Europe il y a Europe et on peut même reconnaitre à ce vénérable bunker d’avoir l’antériorité européenne par rapport à l’UE. Malheureusement, le COE n’a plus guère de valeur hormis symbolique qui en fait une sorte d’ONU à la sauce européo je ne sais quoi. Je m’étonne d’ailleurs de la présence de « pays observateurs » comme les USA ou le Japon en son sein… En tout cas, il est certain que cette même Amérique a beaucoup aidé la Turquie à entrer dans la foulée dans le COE puis dans l’OTAN il y a quelques décennies. En pleine guerre froide, il valait mieux avoir un grand pays orienté à l’ouest plutôt que dans le camp des Soviets…

    @Ronan: tu soulignes un point qu’il serait bon d’éclaircir chez les JEF. Il y a dans ce mouvement des fédéralistes européens, dont moi, et des fédéralistes mondialistes. Dans quelle direction devons nous aller? Je ne crois pas une seconde à un gouvernement mondial. Le seul sujet économique régulé à l’échelle mondiale est déjà loin de faire l’unanimité. Je vois mal comment, sur la base de critères aussi généreux que ceux de Copenhague, on créérait un gouvernement entre Européens, Américains, Chinois, Néozélandais, etc… Ca ne me parait pas sérieux. La force de l’UE est de construire une entité politique sur un socle culturel commun, ce qui est déjà très ambitieux. Et ce qui n’empêche d’ailleurs pas des accords ponctuels avec nos voisins directs ou pas.

  6. La question des frontières “politiques” de l’UE est et sera une question centrale. Par ailleurs, frontière ne rime pas avec rideau de fer. Arrêter les frontières “politiques” de l’UE avant la Russie ou la Turquie ne signifie pas qu’on rejetera ces pays à des années lumière de nous.

    Re : Je prends le pari que ce n’est vraiment pas en ces termes que nos contemporains aborderont cette question. Rien ne doit venir justifier l’émergence de quelque  »nationalisme continental » européen. Ce serait catastrophique pour l’humanité. Mais c’est pourtant bien ce qui nous pend au nez.

    Le partenariat privilégié n’a rien de déshonorant, bien au contraire.

    Re : A condition toutefois que cette disposition résulte bel et bien d’un consentement mutuel. Et que ce  »plan B » là ne soit pas interprêté chez nos partneaires comme une humiliation.. de trop.

    Conseil de l’Europe, sorte d’ONU à la sauce européo je ne sais quoi.

    Re : Un forum entre les Etats, guère plus. Un observatoire de la bonne santé démocratique et du respect des droits de l’homme également. Une tribune pour les abolitionnistes (de la peine de mort). Mais dont le comité des ministres (organe exécutif et décisionnel) est actuellement présidé par la… Russie poutinienne (ça, c’est vraiment la honte…).

    @Ronan: tu soulignes un point qu’il serait bon d’éclaircir chez les JEF. Il y a dans ce mouvement des fédéralistes européens, dont moi, et des fédéralistes mondialistes.

    Re : Il n’y a pas particulièrement de point à éclairer. Il n’y a pas particulièrement non plus de  »fédéralisme européen » d’une part et, d’autre part, de  »fédéralisme mondial » ; c’est là une distinction arbitraire qui n’a pas vraiment de sens : le fédéralisme est un, il commence par l’admission du fait que l’atome de la souveraineté puisse être sécable et que celle ci puisse être  »répartie » entre plusieurs niveaux de gouvernements (local, régional, infranational, national, supranational, mondial etc) complémentaires mais non concurrents, chacun  »souverain » dans sa sphère de compétence reconnue mais chacun devant également être controlé démocratiquement. Une fois que cette idée de base a été admise, tout est possible…

    L’intérêt de l’analyse fédéraliste c’est qu’elle cherche à surmonter et dépasser les frontières qui divisent aujourd’hui artificiellement l’humanité (nationalités, religions et autres phénomènes  »culturels » mal digérés et toujours mortifères).

    L’autre intérêt de cette analyse, c’est qu’elle pointe du doigt le caractère mortifère de la structure politique appelée  »Etat-nation » et en diagnostique l’impuissance et la faillite pour régler les problèmes cruciaux du monde contemporain. Or, si l’Etat nation ne peu pas tout faire à lui seul, il me semble également parfaitement clair que même quelque Union européenne continentale éventuelle ne pourra également rien apporter de substantiel pour gérer certains problèmes mondialisés (comme le réchauffement climatique, les migrations internationales ou autre trafics interlopes).

    D’où l’intérêt de mette en place – aussi – un système de gouvernance mondiale. (A condition qu’on veuille vraiment régler les problèmes, bien entendu…) Sinon, on peut effectivement continuer dans l’illusion  »jacobine » (j’ai failli dire l’erreur) que la concentration des pouvoirs à un niveau plutôt qu’à un autre – européen plutôt que national – agirait comme par miracle sur les éléments).

    Un socle culturel européen commun ?! Je n’y crois pas une seconde. Quoi de communs entre un lapon, un maltais, un slovaque ou un bas-breton ? Ni la langue, ni les pratiques alimentaires, ni le susbtrat incertain des références religieuses (dans des sociétés de plus en plus sécularisées), ni les modes de vie (fondamentalement différents suivants les zones climatiques).

    Par ailleurs, dans le monde globalisé, l’économie monde et dans le village global actuel, les convergences culturelles ne se font plus guère aujourd’hui au sein d’une  »même société » (dans laquelle, en revanche, les contrastes culturels sont en fait de plus en plus criant). Deux habitants de  »l’archipel mégalopolitain mondial », même s’ils vivent à des milliers de kilomètres l’un de l’autre (à Tokyo, le Cap, Buenos Aires ou Londres) ont  »culturellement » beaucoup plus de choses en commun qu’avec leur  »compatriote » d’une petite ville de province de leur même pays !

    La seul chose que nous ayons effectivement en commun en Europe, c’est que nous fuyons tous un passé (effectivement commun) de guerres (effectivement subies ensemble) dont nous ne voulons plus et que nous reconnaissons entre nous la suprématie du Droit (ce qui est l’esprit même du fédéralisme), mais guère plus. D’ailleurs la devise de l’Union c’est bien  »Unis dans la diversité » et non pas  »Unis parce qu’ils se ressemblent ». Pour le rete, plus que jamais évitons de tomber dans les prémices de quelque nationalisme continental qui n’augurerait rien de bon.

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