Belgique J+219: on ne t'oublie pas !

219 jours se sont maintenant écoulés depuis les dernières élections fédérales en Belgique et toujours pas de gouvernement ! Oh toi Belgique, en ces jours de crise, on ne t’oublie pas, on pense à toi !

7 longs mois, ou 7 saisons d’une histoire à la Dallas : qui pour monter un gouvernement, espoirs, rebondissements, coups bas et désillusions !

Flickr CC - Cédric PuisneyCar la mission semblait impossible dès le départ : comment mettre d’accord les deux grands vainqueurs des élections fédérales ?

A ma gauche, le PS d‘Elio Di Rupo, large vainqueur des élections en Wallonie (où l’on parle français). A ma droite, la Nouvelle Alliance Flamande (NVA) de Bart de Wever, écrasant vainqueur dans la partie néerlandophone du pays.

Deux partis et deux idéologies diamétralement opposés : d’un côté, le wallon, sourire diamant, noeud papillon, rêvant encore de la Belgique à papa. De l’autre, le fort en chair et en bons mots, surtout lorsqu’il s’agit de dénoncer les fainéants de francophones et de rêver à voix haute de la fin de la Belgique qui ne servirait plus à rien…

Albert Proust II ou l’art du compromis linguistique à la belge

C’était sans compter sur le talent de son altesse Albert II, roi des Belges et créateur de concepts politico-linguistiques aussi fous que belges. Informateur, préformateur, clarificateur, conciliateur… Vous vous demandez de quoi il s’agit ? Tous des hommes concepts qui, pensait-on alors, allaient nous monter un gouvernement.

Prenez par exemple, le clarificateur, Bart de Wever : pour sûr, il aura réussi à bien remuer les pensées malodorantes et autres déjections verbales de part et d’autre de la frontière linguistique. Malheureusement, après son passage, la situation semble toujours aussi trouble. Bilan des courses: un grand pshit… Et plus personne en Belgique n’y comprend quelque chose.

Bart De Wever clarificateur

Une haine intercommunautaire, vraiment ?

En 7 mois, les séparatistes flamands auront bien joué l’usure des socialistes wallons et plus généralement des francophones. La guerre belge aurait-elle vraiment commencé ?

En interrogeant quelques Belges, on semble pourtant retrouver l’expression de ce point de non-retour exprimé par certains politiques. Il n’est pas rare qu’un Wallon vous dise que tous les Flamands sont des extrémistes parlant une langue de barbare. Côté néerlandophone, on ne s’étonnera plus d’entendre des grognements de Flamands fatigués de subventionner la pauvre Wallonie, Bart de Wever en tête, la comparant à un junkie en manque de perfusion. Comme si Bart et ses amis avaient effacé de leur mémoire le XXème siècle, lorsque le riche sud wallon subvenait aux besoins des Flamands miséreux… Au final, on ne sait même plus qui a commencé cette ridicule guéguerre !

Bien sûr, en tant que Bruxellois, nous sommes épargnés par tout cela. Car malgré la prédominance du français, Bruxelles reste avant tout bilingue, biculturelle et c’est tant mieux ainsi ! Si seulement tous les Belges se rendaient compte de cette chance ! Làs, hormis la capitale, c’est chacun dans son coin, chacun sa merde ! Pis, après 200 jours sans gouvernement, aucune réaction, tout le monde s’en fiche. La Belgique est blasée, va doucement dans le mur, sans dire mot, sous le regard tout aussi impassible de ses politiques inconscients et/ou incapables. Imaginez un instant le même scénario en France : ce serait la guerre civile !

Et si demain la Flandre parvenait à être indépendante, ces gens de la NVA apprécieraient-ils subitement la présence wallonne ?

Vers un sursaut citoyen ?

Il aura fallu attendre le 207ème jour pour observer une première réaction. Le déclencheur : Kris Janssens, simple citoyen belge, journaliste à la VRT, qui a eu la judicieuse idée de partager son ras-le-bol sur Youtube via une vidéo au nom évocateur: « le chaos politique ».

[youtube]FKnnLbkSEo4[/youtube]

Il ne lui manquait qu’une caisse de résonance… Depuis une semaine, c’est désormais chose faite. La Belgique se rend compte que, malgré sa petite taille, malgré ses différences, malgré son imbroglio politico-administratif, elle est un grand pays.

En quelques jours seulement, une initiative en ligne, Camping 16, qui incite à camper virtuellement devant le palais royal pour réclamer le remboursement de ses impôts en l’absence de gouvernement. Mieux encore, une manifestation nationale « No Government, Great Country » prévue ce dimanche. Enfin !

Et comme, même dans l’adversité, on sait rire de tout en Belgique, Benoît Poelvoorde appelle à la manifestation passive en laissant pousser sa barbe…

[youtube]DxeoGslG1sQ[/youtube]

Soyons réalistes tout de même, quelle que soit l’issue de ces manifestations, la Belgique semble bien partie pour voler à l’Irak le record du monde du pays sans gouvernement et ce n’est certainement pas l’outsider, la Côte d’Ivoire (et ses deux chefs d’Etat), qui viendra y changer quoi que ce soit…

D’ici là, rendez-vous est pris le 23 janvier pour la Belgique, pour Bruxelles et pour l’Europe !

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