L'Europe des projets ou des régions?

Saar Lor LuxJe n’ai pas fini de pester contre les défenseurs de cette « Europe des (petits) projets » secondaires qui se réalisent parce qu’ils ne requièrent pas d’unanimité, à défaut de mieux!

Et tandis que la Commission européenne continue sa campagne de marketing en espérant atteindre le citoyen « moyen » européen (cf. mon dernier carton rouge à la politique de communication de l’UE, sur le Taurillon), je me dis de plus en plus que le salut viendra en grande partie de l’action locale et plus particulièrement de nos régions actuelles ou de celles qui représentent notre avenir… Puisqu’il ne faut plus rien attendre de nos Etats, a fortiori s’ils sont centralisés au possible, agissons sur le plan local. En d’autres termes, suivons le fameux slogan marketing « think global, act local » dont la Commission ferait bien de s’inspirer dans sa vaine croisade publicitaire.


Ce week-end, je participais donc à un séminaire sur le thème de la la grande région Saar-Lor-Lux qui comprend (comme son nom l’indique), à cheval sur 4 Etats, la Sarre, le Luxembourg, la Lorraine, ainsi que (comme son nom ne l’indique pas) la Rhénanie du Nord-Palatinat et la Wallonie. Etaient conviés des membres de la JEF des quatre coins de la grande région ainsi que des jeunes militants politiques Sarrois pour des discussions au dessus de tout clivage – chose inimaginable en France, soit dit en passant – sur les objectifs à long terme d’un tel ensemble.

Au menu: un peu de symbolique européenne et beaucoup de concret. Comment mieux se déplacer d’une grande ville à une autre? Comment promouvoir le multilinguisme et la mobilité des étudiants? Comment donner à cette nouvelle région « virtuelle » un statut quasi réel ainsi qu’une image de précurseur à l’échelle européenne? Autant de questions qui concernent cette grande région, comme d’autres régions frontalières, voire pourquoi pas des régions « de l’intérieur » même si on s’éloigne là du sujet européen.

Les séminaires sont souvent enclins à tourner un peu en rond, mais j’en suis ressorti avec deux certitudes:

1. l’Europe n’aura conscience d’elle et confiance en elle que par des actions par la base.

2. L’Europe des échanges commerciaux, culturels, éducationnels, etc… se fera moins à coup de rouleau compresseur bruxellois que de volontés locales de faire vivre ensemble des hommes proches par leurs traditions, leur présent, leurs rêves.

C’était l’occasion de voir que, au delà des difficultés parfois culturelles, souvent juridiques, au delà des différences d’orientation politique, ce genre de coopération dont la finalité encore en devenir esquisse la création d’une nouvelle entité, d’un cluster européen qui pourrait devenir central dans le développement de notre UE. Je crois qu’il n’y a plus guère à attendre des Etats qui gèrent leurs problèmes nationaux, à des années lumière de toute conscience européenne. Les candidats à la présidentielle française de 2007 (hormis Bayrou) sont d’ailleurs édifiants par leur absence d’Europe dans leurs discours.

Alors ça et là, dans des régions frontalières, autrefois parfois ennemies par le jeu de leurs pouvoirs centraux, des hommes et des femmes décident de mettre en commun leurs savoirs, leurs infrastructures, leurs visions pour mieux avancer. Une démarche qui mêle intelligence rationnelle et humanisme. Désormais, j’aimerais entendre parler de l’Europe des régions, non plus de cette Europe des projets ou de la communication sous vide (garantie norme CE…).

L’avenir de l’UE passera par les coopérations transfrontalières. Ou alors?

2 réflexions au sujet de « L'Europe des projets ou des régions? »

  1. Mais l’Europe des régions existe et depuis longtemps me semble-t-il, des actions régionales transfrontalières sont mises en oeuvre. Mais il faut certainement passer à la vitesse supérieure (budget?) et rendre beaucoup plus visibles les résultats concrets, s’il y en a (?).

    Cordialement,

    Catherine

  2. Effectivement, les coopérations régionales transfrontalières existent depuis longtemps, tout du moins officiellement. En tout cas suffisamment pour pouvoir se « vendre » auprès des médias nationaux qui s’achètent ainsi une bonne conscience européenne. Mais beaucoup de choses restent à faire.

    Concrètement, tu pourras par exemple, avec 18€ maximum, voyager en train entre la Sarre, la Lorraine, la Wallonie et le Luxembourg avec un seul billet valable une journée. En ce moment, tu pourras aussi voir par exemple aussi que Luxembourg et la grande région sont capitale européenne de la culture. Sans parler des nombreuses coopérations sur le plan scolaire, sportif, urbaniste… Mais beaucoup de choses restent à faire, notamment sur le plan de l’emploi. Cette question cruciale pour tous les Etats membres aurait beaucoup à gagner à essuyer les plâtres d’une recette européenne à inventer sur cette échelle locale avant d’imaginer un jour une Europe de l’emploi et du social avec des règles communes à tous.

    C’est sûr, vu de la France de l’intérieur, ces considérations peuvent sonner abstraites et moins sexy que cette « Europe des projets » infaisables sans nouveau traité. C’est pourtant en huilant ces charnières qu’on consolidera l’idée européenne.

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