Et si le centrisme était l'avenir de l'Europe?

Bayrou« C’est au milieu, c’est merveilleux! ».

Pendant longtemps, les guignols de l’info ont affublé François Bayrou, notre centriste national, de ces mots aussi simplets que l’image qu’on a voulu lui donner.

Loin de ces caricatures, Bayrou trace pourtant son chemin et le clame de plus en plus fort. L’heure des clivages est révolue, l’avènement d’une 3ème voie politique est en marche.

Et si le centrisme était vraiment une solution d’avenir, voire « la » solution?

Le leader de l’UDF semble y croire dur comme fer, surtout après avoir défié le géant UMP par un non-vote du budget puis une motion de censure au gouvernement de Villepin. Certains leaders de l’UMP n’ont pas tardé à dégainer: l’UDF est dans l’opposition!
Interrogé sur les succès tangibles du centrisme, Bayrou cite non pas un quelconque parti centriste, mais l’exemple de la grande coallition gauche-droite qui dirige l’Allemagne depuis plusieurs mois.

L’Europe sauce centriste

L’Allemagne morose depuis quelques années semble en effet aller de mieux en mieux avec une chancelière qui atteint des sommets de popularité, des exportations en pleine croissance et un moral de gagnant qui va en se renforçant avec les bonnes performances de son équipe au mondial de foot-ball. La grande coallition CDU-SPD vient d’ailleurs de voter son premier budget cette semaine. Relativisons le succès. Tout reste encore à faire, mais vu du côté français, cette union contre nature force le respect.

Citer l’Allemagne pourrait relever de l’anecdotique mais soulève une vraie question lorsqu’on regarde a posteriori le reste de l’Europe ces derniers mois. L’Italie s’est scindée en deux. Prodi sorti vainqueur d’un cheveu face à Berlusconi malgré une victoire attendue de la gauche. Ou encore la République tchèque dont les élections législatives, il y a quelques semaines, ont donné un statu quo entre gauche et droite malgré une victoire annoncée des libéraux.

Après et malgré l’échec du Traité Constitutionnel qu’on pourrait qualifier de « centriste », l’Europe serait-elle encline aux coallitions? Une raison importante de ce succès allemand réside en une différence culturelle majeure: le sentiment de travail communautaire prime sur l’appartenance idéologique. La grande coallition nationale qu’on semble (re)découvrir au travers de notre voisin trouve ses racines au niveau local où plusieurs groupes de sensibilité différente collaborent. Inimaginable en France où, même un sujet a priori au dessus de tout clivage parvient à générer un discours partisan. L’Europe et le débat autour du TCE ont été le paroxysme de ce ridicule! Mr Hollande, seul leader européen à défendre un « Oui de gauche » face à un Mr Sarkozy qui défendait un petit « Oui » ni de droite ni de gauche. En apparté, Daniel Cohn-Bendit, contre l’avis des Verts (français) est alors parti en campagne avec Bayrou! Entre un « oui » mollaçon et un oui « démago », deux hommes raisonnables. Maigre bilan! A posteriori, le camp du OUI aurait tout eu à gagner à adopter un discours fort et unique plutôt qu’une couverture de Paris Match Hollande-Sarkozy!

France, Europe et centrisme

Bayrou aurait-il donc raison de rêver d’un « gouvernement d’union nationale » pour la France? En lieu et place de discours souvent démagogiques et emprunts de clichés engagés dans l’une ou l’autre direction, la solution paraît alléchante. Mais le modèle est-il transposable à la France? A priori difficilement, quand on sait l’importance des clivages forts par défaut et institutionnalisés sous la Vème République. Quand verra-t-on un jour un homme politique français mentionner le courage et le succès de son adversaire?

La semaine dernière, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel a jeté un pavé dans la mare en classant 11 députés UDF (dont Bayrou) dans l’opposition, soit au niveau du PS, PC, Verts, etc. A l’origine, une remarque appuyée d’un député UMP irrité par la « rébellion de gauche » de François et ses acolytes en rapport avec une réglementation stricte du temps de parole politique où 1/3 du temps est accordé au gouvernement, 1/3 à la majorité et 1/3 à l’opposition. Tollé général, évidemment, qui a amené le CSA à faire machine arrière et finalement ouvrir une 3ème voie, ni dans la majorité, ni dans l’opposition. Mais alors où? Le CSA pratiquera la règle du 4 quarts et ensuite?

Vers un grand parti centriste unique?

Si rêver d’un centrisme français fort signifie la réuni(ficati)on de tous ses courants, l’UDF devra lutter pour réunir le centre-gauche et le centre-droite représentés par les partis radicaux et de démocratie chrétienne éparpillés au sein du PS et de l’UMP. Non sans problème. D’un côté, l’UMP a séduit une partie des centristes. Reviendraient-ils à l’UDF? De l’autre, les centristes du PS quitteraient-ils leur parti? A priori non. Mais si, par exemple, le PS venait à se scinder, comme le redoutait Bernard Kouchner quelques mois plus tôt? Sous des apparences d’entente cordiale, le référendum n’est pas digéré au PS et la ligne nonniste communisante du PS ne risque-t-elle pas de quitter le navire qu’elle critique tant?

La création d’un grand parti centriste est donc mal avancée. Ce qui n’empêcherait pas un bon score de l’UDF en 2007. 60% des Français ne voient plus de différences entre la gauche et la droite. 55% se déclarent favorables à un gouvernement de coallition. Bayrou pourra-t-il surfer sur cette vague et s’imposer comme le 3ème homme, voire le 1er d’une courte tête? Mais alors avec qui gouvernerait-il? L’anecdote du CSA risque de trouver écho en 2007. On peut être centriste jusque-boutiste mais tôt ou tard il faut choisir un camp imposé par l’histoire et le système politique de la France. L’UDF, traditionnel allié de l’UMP pourrait-elle travailler avec le PS? A entendre les éléphants, le clivage est difficilement surmontable. Quid de l’UMP? Certains membres du parti majoritaire aimeraient tuer l’UDF une bonne fois pour toutes après avoir tenté de le faire à demi-mot en 2002. L’UDF reste dans tous les cas historiquement au centre-droite de l’échiquier politique et la mouvance de robienne, même huée et minoritaire, n’est peut-être pas si éloignée de la réalité. Après tout, seulement 11 des 30 députés ont voté la motion de censure contre le gouvernement… La radicalisation du discours n’est donc pas autant suivie qu’il n’y paraît. D’ailleurs, ne risquerait-elle pas de créer un flou à gauche et une guerre intestine à droite?

France, Europe et ambition personnelle

Si la tendance se confirme, l’UDF aura certainement une carte à jouer au niveau européen. Il est le seul parti français européen sans concession. Ses succès aux élections européennes témoignent de cette reconnaissance par les Français. L’avenir du parti centriste pourrait donc passer par un ralliement des européens déçus des autres partis. Le pari semble à portée de main. Mais la ligne européenne d’un parti est-elle compatible avec l’ambition nationale d’un leader? Les questions européennes sont encore bien trop déconnectées des programmes présidentiels. Sur le terrain franco-français, le défi de François Bayrou sera bien difficile. 2007, plus que jamais, sera l’année du rendez-vous entre un homme (ou une femme) et le peuple de France. A vouloir dynamiter le paysage politique français, François espère carburer à l’énergie dégagée par ce big-bang politique qui serait inédit. Et l’UDF, et le centrisme dans tout cela?

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