Deux poids, deux mesures

EU Roumanie BulgariePendant que la France oublie un peu l’Europe pour choyer son Premier Ministre en pleine tourmente Clearstream, Bruxelles distribue les bons points.

Deux sujets sont d’actualité: l’Europe à 27 et l’euro (à combien?)…

A 27, car la Bulgarie et la Roumanie doivent toujours rejoindre l’UE en 2007 si les réformes exigées sont menées à bien. Deux problèmes majeurs restent d’actualité: la corruption et l’indépendance de la justice. En Bulgarie tout du moins, car la Roumanie semble désormais être au « niveau européen » et n’a pour mauvais point que quelques détails comme la collecte de la TVA ou le traitement des données autour de la vache folle. La décision finale aurait donc du tomber cette semaine, elle attendra octobre. Décision plutôt raisonnable mais aussi curieuse…

La Commission communique en effet toujours sur l’adhésion des deux pays, comme si l’UE 25 devait accepter ou refuser le package entier. Ce qui n’est, bien sûr, pas du goût de la Roumanie, qui s’en sort mieux que son voisin. Une façon de traîner des pieds après un référendum dont le rejet tient pour partie à l’élargissement vécu comme trop rapide par certaines personnes? La Commission semble en effet refaire le coup du « on remet à plus tard pour ne pas réfléchir » post-référendaire. Officiellement non, mais les voix sceptiques ne sont pas si rares au Parlement Européen. Dans un Parlement quasi-vide lors de ce débat, Daniel Cohn-Bendit a qualifié la décision d' »hypocrite », d’autant plus que la Commission accorde plus d’importance au nombre de lois conformes au système juridique européen qu’elle ne contrôle où va son argent. On ne sait par exemple pas si l’argent prévu pour les Roms a été utilisé à bon escient.
Les jeux sont toujours ouverts pour 2007, mais le calendrier serait accéléré si l’adhésion se confirmait en octobre et se faisait en janvier. Quant à reporter…?

Autre thème: l’euro. En euroland, en particulier en France, on aime rabâcher les défauts de la monnaie unique et le manque de souplesse de la Banque Centrale Européenne. En partie, à raison. La France et l’Allemagne s’en sortent pourtant assez bien puisqu’elles ne paieront aucune amende pour non-respect du pacte de stabilité.

La Slovénie, l’un des plus riches nouveaux membres, comptera en euro dès le 1er janvier 2007. Une bonne nouvelle (tous les nouveaux Etats-membres se sont engagés à adopter l’euro en signant leur adhésion) à modérer quand on sait que d’autres Etats plus que motivés et fin prêts pour l’adoption ont été recalés pour une inflation trop grande de quelques dizième de %. L’Estonie s’est fait une raison depuis plusieurs semaines et vise 2008. Idem pour la Lituanie qui y croyait encore jusque là en respectant 4 des 5 critères de convergence, à l’exception de l’inflation de 2,7% au lieu des 2,6. Recalée à son tour.

Deux poids, deux mesures! La Commission ne punit pas les Etats qui devraient l’être, elle les encouragerait presque dans la voie déficitaire. En revanche, les Etats en demande de plus d’Europe sont gentiment priés de ronger leur frein. Une manière de montrer que les règles s’appliquent désormais. Dont acte. Jusqu’à un prochain dérapage impuni de l’Italie ou de la France?

Bruxelles et Francfort ont peut-être manqué là une occasion de remonter dans l’estime d’une partie de leurs citoyens. Car l’euro, quoi qu’on en pense, reste l’une des plus belles réalisations et probablement le plus beau symbole de l’Union Européenne.
Bruxelles attentiste, à l’instar de Paris et Londres, ou Bruxelles en standby à l’instar de Rome et Berlin, semble bien à cours d’idées et, pis, à cours d’idéologie, déjà défaillante voire manquante.

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