Reprise des débats

Débat PSVoilà maintenant 4 semaines sans billet. Le temps de déménager, dans la vie réelle, le temps de regarder le monde virtuel de la blogosphère d’un oeil extérieur.
Le débat télévisé du Parti Socialiste Français ce soir me donne une bonne occasion de sortir de ma réserve. Pour leur 3ème et dernier débat, le tiercé final du PS aura parlé uniquement politique extérieure et Europe. Un rendez-vous immanquable!

Dominique Strauss-Kahn

Le plus européen des trois candidats a été fidèle à lui-même, calquant la plupart de ses propos de politique extérieure sur la politique de l’UE. Sans surprise, DSK prône une France dans une Europe forte pour faire face à la mondialisation et aux changements géopolitiques. Pour cela, il affirme (il est le seul des 3) qu’il faut augmenter le budget européen avant de dire qu’il faut dépenser plus.

J’ai beaucoup aimé son idée de relancer l’UE entre 2007-2009 sur la base d’une relance du couple franco-allemand, aux manettes du Conseil en 2007 et 2008. Le vieux couple devra ainsi tout remettre à plat et inspirer à leurs partenaires de grands objectifs qui pourraient être validés par les élections européennes de 2009. La France aura fort à faire pour défendre le NON au TCE face à une chancelière qui ne démord pas de voir appliquer le TCE en l’état.

DSK aura aussi réaffirmé son désir d’une Europe euro-méditerrannéenne où la Turquie ainsi que le Maghreb auront toute leur place dans l’Europe de 2040. Une Turquie déconnectée de l’UE pouvant basculer dans un extrêmisme religieux iranien ou un état de guerre civile irakien. Mais alors pourquoi ne pas intégrer ces deux pays dans la foulée?

Cerise sur le gâteau, j’ai beaucoup apprécié sa position (à l’opposé de ses camarades) pour le siège unique de l’UE au FMI et à l’ONU le jour où l’UE aura une véritable politique extérieure.

Laurent Fabius

Malin le Fafa! A la question: où est passé le plan B?: Fabius répond par « le plan B, c’est le projet socialiste », renchérissant par son ambition de faire une ‘ »Europe par la gauche ». Le programme socialiste réclame notamment un nouveau traité social (une nouvelle partie I du TCE?), la réforme de la BCE (la rendre dépendante de la volonté de tel ou tel Etat au gré de ses humeurs?), une directive services publics (inspirée des dits passages du TCE?), la rédaction d’un traité strictement constitutionnel. Sur ce dernier point, tout le monde est d’accord. Reste à pouvoir dégager un compromis à 25… Le nombril français, a fortiori partisan de tel ou tel bord, n’a malheureusement pas la primauté sur 400 millions d’Européens aux sensibilités et aux intérêts hétérogènes!

Contrairement à DSK, Fabius prévoit une politique de voisinage – dommage pour lui, car le TCE prévoyait ce genre de politique – avec les Etats voisins tels que l’Ukraine, le Maghreb. La Turquie mériterait un partenariat privilégié. Pas d’Europe à 50 Etats devenue une zone de libre-échange par la force des choses!

Ségolène Royal

J’avais bien failli m’étouffer la semaine dernière en entendant la madonne n’avoir aucune opinion sur l’entrée de la Turquie si ce n’est celle du peuple. J’aurai appris que l’expression l' »Europe par la gauche » signifie tenir sa parole et donc aller au bout des négociations. La madonne ne mouille guère le maillot. Il se passera encore 15 ans avant une hypothétique entrée de la Turquie. D’ici là, Mme Royal ne serait plus à l’Elysée… Passons!

Celle qui « veu(t) reprendre le talisman de Francois Mitterand » n’a pourtant rien d’autre en bouche (comme Chirac…) que la petite « Europe des projets ». Faire l’Europe de l’emploi, faire revenir nos chercheurs européens partis aux USA sont des points intéressants à concrétiser, mais secondaires dans le sens qu’ils requièrent d’ajuster les politiques sociales, d’éducation, de recherche… Promouvoir une réelle coopération avec l’Afrique est une nécessité. Mais nous donnerons-nous les moyens?

Au final, je me demande encore pourquoi Ségolène insiste moins sur l’urgence d’une Constitution européenne que sur le devoir écologique de Poitou-Charente l’UE?

Bilan

A croire que les socialistes ont définitivement enterré la hache de guerre européenne. Tous les trois pensent que l’UE doit prendre une pause dans ses élargissements. Le trio est en revanche moins uni pour ce qui est des frontières à long terme et du sort des pays voisins, en particulier de la Turquie.

Le point typiquement socialo-français est l’idée maintes fois prononcée d’empêcher les délocalisations. Sauf que je doute que les autres partis socialistes ne trouvent l’idée glorieuse. Faut-il punir ceux qui délocalisent ou être suffisamment attractifs et compétitifs pour éviter ces drames économiques et humains? Nos amis scandinaves doivent en être perplexes.

Débat intéressant donc. Mais attendons de voir les faits. Ségolène en a fait son cheval de bataille: des paroles toujours suivies des faits. Si elle est élue, Internet sera toujours là pour lui rappeler ses promesses…

10 réflexions au sujet de « Reprise des débats »

  1. La Cour constitutionnelle fédérale allemande de Karlsruhe a mis en attente indéterminée, hier, la ratification du Traité constitutionnel de l’Union Européenne par l’Allemagne.
    Selon un article paru dans le journal OSüddeutsche Zeitung le 2 nov. 06, le juge rapporteur de la Cour de Karlsruhe a annoncé que la Cour constitutionnelle déclarera recevable la requête individuelle du député du Bundestag, Peter Gauweiler, qui attaque la loi de ratification du Traité pour inconstitutionnalité. Le Bundestag allemand avait accepté le projet de Traité en mai 2005 avec 569 sur 603 voix. Par la suite, M. Gauweiler avait attaqué cette loi d’adoption devant la Cour constitutionnelle, en invoquant son inconstitutionnalité pour les raisons suivantes : d’abord, la nouvelle constitution européenne n’assurerait pas de protection adéquate des citoyens en matière de droits fondamentaux. Ensuite, la conception économique prévue par la constitution serait contraire à celle de la Loi fondamentale allemande ; de plus, n’étant pas approuvée en Allemagne par voie référendaire, la constitution européenne manquerait de légitimité démocratique. Enfin, la constitution accepterait, selon M. Gauweiler, une Cour européenne de Justice qui ne satisferait pas aux exigences d’un Etat de droit. Alors que les représentants du gouvernement et du Bundestag avaient demandé à la Cour de Karlsruhe de rejeter la requête et de la déclarer irrecevable, le juge rapporteur de la deuxième chambre de la Cour, M. Siegfrid Broß, a annoncé qu’à priori la requête serait recevable et qu’en attente de sa décision, la Cour avait demandé au Président de la République, M. Horst Köhler, de ne pas promulguer la loi de ratification avant que la Cour n’ait rendu sa décision sur le fond ­ ce que le bureau du Président de la République a confirmé. Or, vu l’impasse dans laquelle le Traité instituant une constitution pour l’Europe se trouve aujourd’hui, et avec la perspective prévue de tenter de reprendre le débat sur le Traité sous l’égide de la présidence allemande à partir du 1er janvier 2007, avec en perspective une entrée en vigueur pour 2009, la Cour ne se sent pas pressée. Pour cette raison, les juges de Karlsruhe n’accordent pas de priorité à la requête du député Gauweiler : elle souhaite attendre les évolutions des débats politiques, et ne pas s’immiscer dans ce débat. ­ A défaut de modifications du traité, a annoncé le juge rapporteur, la Cour rendra sa décision avant 2009. Cette prise de position de la Cour constitutionnelle empêche en conséquence que la loi d’approbation entre en vigueur et que l’Allemagne finisse la ratification du Traité adopté par la chambre parlementaire. Ainsi, l’Allemagne rejoint la France et les Pays-Bas du côté des Etats non-ratificateurs.

  2. Je vous livre mes sources: magazine Stern: http://www.stern.de/politik/deutschland/:EU-Verfassung-Wie-Gauweiler/575294.html

    et du grand quotidien Die Welt http://www.welt.de/data/2006/11/01/1094133.html

    Et je m’étonne que vous ne réagissiez pas à cet événement. La Cour constitutionnelle fédérale allemande recommande même l’organisation d’un référendum en Allemagne.

    Il faudrait aussi écrire un billet sur l’annulation par le Parlement Européen des NON qui a eu lieu lors de deux votes le 14 juin 2006, c’est tout de même très grave: http://www.renovezmaintenant67.eu/index.php?2006/11/10/148-le-tce-ne-sera-pas-ratifie-par-l-allemagne-decision-de-la-cour-constitutionnelle-federale

  3. La première information est intéressante en effet. Je l’utiliserai certainement dans un billet sur la future présidence allemande en 2007.

    Pour le dernier point, j’ai comme une impression de déjà vu qui me fait dire qu’un monologue vaut parfois mieux qu’un dialogue de sourds. (cf. commentaires de billets précédents…)

  4. Dommage, car vous ne m’aviez que répondu à l’époque par un « je suis au courant, en effet » sans ajouter de commentaire.

    Vous êtes expert en matière européenne, démocratie et éducation.

    J’aurai effectivement aimé des informations et à ce sujet elle n’existent quasiment pas sur le web. D’aucun font étalage d’une intox « brun-rouge » et d’un buzz de Monsieur Villiers qui avait effectivement pendant trois jours essayé de tirer avantage de cet événement en le maquillant au passage. Monsieur Benoît Hamon donne son interprétation. C’est à n’y rien comprendre. Que pensent les Jeunes Européens?

    Commencent-ils aussi à cacher le fond du problème posé par les NON en faisant de la pédagogie autour de la question de l’unanimité, voire de « l’unanimité partielle » comme l’invoque ce vote du 14 juin? Pensent-ils aussi qu’il faudra « d’une façon ou d’une autre faire revoter la France et la Hollande ». Quant à Angela Merckel elle n’a plus d’espace de proposition ni de légitimité constitutionnelle dans cette question.

    Sera-t-il subversif de votre part que d’essayer de me répondre à tout ceci? Nous traitons, vous comme moi du coeur du problème.

  5. Thomas,

    cette annulation du vote, puisque cela semble être ta préoccupation majeure, n’intéresse pas grand monde, et encore moins les jeunes européens qui (en tout cas tous ceux que je connais et à défaut de position officielle) sont passés à autre chose!
    En d’autres termes, le TCE est enterré et ce n’est pas ce non-événement, ni la détermination fléchissante de Mme Merkel qui la resusciteront telle quelle. Les Jeunes Européens réclament une Constitution le plus tôt possible. Le TCE est mort. Aux 25, à nous citoyens engagés de nous réunir pour mettre sur papier ce que nous voulons. La question ne sera pas de savoir si l’Europe sera « de gauche » à la Fabius ou de droite, mais de trouver un consensus sur les valeurs de l’UE et ses objectifs.

  6. La procédure de ratification n’est pas terminée, le TCE n’est pas enterré et le PE invite la France à le faire ratifier d’une manière ou d’une autre. Angela Merckel n’avait pas d’autre intention, elle le disait elle-même, jusqu’à qu’elle fut rappelée à l’ordre par la CCF allemande.

    Les travaux pour un nouveau Traité ne sont donc pas engagés, même pas évoqués.

    Ceci veut dire qu’avant 10 ans il n’y aura rien du tout. Les messages NL, F et D ne sont pas pris pour vrais par Bruxelles qui fait comme s’ils n’existaient pas. Cette machine fonctionne toute seule.

    La question est de savoir si Bruxelles avec son esprit du Traité de Rome devance encore plus loin et plus vite l’orientation ultralibérale de l’OMC, de l’AGCS alors même que les USA sont déjà entrain de les remplacer par une foule d’accords bilatéraux tout autour de la planète depuis l’échec de Doha. Nous en revenons toujours à l’économie, car cette Europe n’a pas envie d’être autre chose qu’un marché commun, et les gouvernements nationaux se défaussent sur elle pour abandonner leurs devoirs régaliens « coûteux » et pour être en accord avec la zone optimale de convergence et de stabilité définie à Maastricht, qui n’est autre qu’une option libérale de l’économie. C’est sous ce label que nous sommes déjà obligés de vivre, il est normal que nous sommes obligés de le soutenir ou de le dénoncer avec des mots. Quand je regarde 1 euro en face je ne vois que les 4 critères financiers et mon petit avantage de frontalier.

    Le problème est donc bien de savoir quelles valeurs l’EU veut s’imposer et non pas se laisser imposer. Vous avez raison. l’Europe n’est pas une tirelire.

  7. Oui, malheureusement, l’Europe donne trop l’impression de n’etre plus qu’un marché commun. Oui, elle n’écoute pas les peuples et ce n’est pas son ridicule plan D avec des forums et des tonnes de brochures en plus qui changeront quoi que ce soit au problème!

    Tu critiques l’euro. Le problème, nous le connaissons, c’est qu’une monnaie unique sans politique économique unique ne sert à rien. On a voulu mettre la charrue avant les boeufs en pensant que le reste suivrait. 7 ans après le lancement de l’euro, on peut toujours attendre… Comme on attendra encore la Constitution. 🙁

  8. L’euro, malgré cette « tare » reste un symbole fort qui contribue à créer un sentiment d’appartenance à l’Europe. Je suis déçu que nous n’ayons toujours pas de gouvernement économique européen. Cela viendra. En attendant, je suis fier d’utiliser ces pièces et d’être regardé avec une curiosité positive comme un Européen lorsque je les présente à un étranger.

  9. Partout, en Irlande et au Pays de Galles et les Middlands, pendant mon énorme périple de 6400 km en 5 semaines en tacot de 1925, j’ai dit à tout le monde: « I am proud to be an european ».

    En Irlande on a bétonné ceci dans la Guiness, en Wales, je pouvais argumenter comme un putois, on me parlait disait « Ohouh, Strasburg, the palace of burocracy »

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