Prix Sakharov, entre liberté de penser et gros business

La semaine dernière, le Parlement Européen a décerné le nouveau prix Sakharov à Hu Jia, un jeune blogueur chinois, actuellement emprisonné. Le Parlement? Sa majorité en tout cas, car quelques irréductibles eurodéputés communistes mais aussi socialistes ont refusé de voter pour Hu Jia. Bizarre, bizarre…

Le prix Sakharov (en référence au physicien et dissident du régime soviétique) ne change pas la face du monde, mais il honore depuis 1988 les personnes ou les organisations qui militent pour la défense des droits de l’homme et des libertés individuelles.

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Qu’a donc fait ce blogueur pour mériter ce prix? L’homme s’est engagé dans différentes causes, notamment environnementales ou encore pour la reconnaissance du sida dans son pays. De manière plus générale, il défend les libertés individuelles en Chine et réclame une enquête sur les massacres de la place Tienanmen en 1989. Autant dire des sujets qui fâchent dans un pays où toute idée sortant de la masse est bannie.

Ce prix n’est pas au goût de la république populaire de Chine qui, par voie officielle, a rappelé la semaine dernière que Hu Jia est un « criminel » tout en dénonçant ce prix européen comme une interférence dans ses affaires. Bonne ambiance entre deux réunions éco-financières à l’occasion d’un sommet EU-Asie organisé durant deux jours à Pékin. Va-t-on revenir à l’époque de la guerre froide? Les Jeux sont finis, la répression peut en tout cas reprendre ses droits, surtout à l’égard des internautes. Comme le rapporte Reporters sans frontières, quelques 1500 cybercafés de Pékin contraignent désormais leurs utilisateurs à poser pour une photo d’identité judiciaire… officiellement pour lutter contre la cyberdélinquance et le piratage…

Au cours de ces dernières années, j’ai pu discuter avec quelques Chinois sur la situation de leur pays et j’ai toujours été frappé par la lâcheté de leur discours trop souvent encrassé par une indécrottable fidélité à leur pays, une abnégation tellement parfaite qu’on croirait lire un esprit pur après une session de lobotomie. Même loin de leur pays, ces Chinois restaient simplement admiratifs, au mieux, ou muets, au pire lorsque je leur évoquais la non-liberté de penser. La vidéo ci-dessous devrait les faire réfléchir – Hu Jia y filmant son quotidien, traqué par le gouvernement. A partir de quand le besoin d’affirmer sa liberté prend-il le dessus sur la peur de la répression?

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Et nous Européens, que faisons nous contre cet Etat Chinois? Sarkozy promettait de faire plier la Chine en matière de droits de l’homme… Apparemment, le potentiel économique d’un milliard d’individus mérite bien quelques entorses à nos préceptes de bonne morale. A ce sujet, notre belle usine Airbus sera bientôt opérationnelle en Chine. Mais sera-t-elle rentabilisée avant que les photocopieurs locaux ne s’activent à faire une copie bon marché? Alors peut-être, on se rappellera que le petit marché européen d’un demi-milliard de citoyens n’est pas si mal et l’on pourra commencer à parler droits de l’homme avec la Chine?

3 réflexions au sujet de « Prix Sakharov, entre liberté de penser et gros business »

  1. L’Union Européenne, depuis 2007, a son propre prix du cinéma – le Prix LUX (lumière en latin). Pourquoi faire? Pour faciliter la diffusion des films européens dans l’Union européenne. Comment faire? Dépasser les barrières linguistiques! Le Prix LUX, estimé à 87 000 euros, finance, dans les langues officielles de l’Union Européenne, le sous-titrage et le kinescopage du film primé.la suite ironique:http://franceculture-blogs.com/europe/2008/10/25/le-dramaturge-havel/

  2. Il aurait mieux fallu ne pas allez aux JO de crétin.

    Ce prix c’est comme s’acheter une Indulgence pour obtenir la miséricorde de celui que te regarde du plafond.

    Il faudrait que l’Europe dénonce en session plénière le génocide des 1,8 millions de tibétains, comme d’ailleurs le génocide arménien pour la même somme.

    Mais l’Europe marchande s’assied sur ses valeurs humanistes et décerne un prix annuel.

  3. Beaucoup de chefs d’État européens ont boycotté la cérémonie d’ouverture (même si le vrai motif d’absence était souvent masqué). Accuse plutôt Sarkozy qui y est allé en tant que Président de l’UE… pour aller négocier des contrats en tant que Président de la France…
    Pour info, le Parlement Européen européen a reconnu le génocide arménien le 18 juin 1987.

    La « marchande » dont tu parles est moins l’Europe que chaque nation européenne qui interprète les droits de l’homme comme bon lui semble en fonction des contrats signés ou à signer.

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