De l'Union (trop) libre en politique

Kaczynski brothersIl y a un an, le MEDEF en pleine campagne de succession du baron de Seillière. Un des candidats, à l’époque N°2 du mouvement des entreprises de France, Guillaume Sarkozy, candidat seul puis « en ticket » avec l’ancien ministre de l’Economie Francis Mer, avait été redouté puis écarté pour son lien de parenté avec Nicolas Sarkozy, patron du parti majoritaire, ministre d’Etat et probable futur président de la République. A juste titre. La concentration des pouvoirs politique, médiatique et financier n’a jamais fait bon ménage.

Regroupement familial

Et pourtant, pas si loin de nous, à deux heures d’avion, le gouvernement polonais qui s’est récemment illustré pour ses prises de position très conservatrices et populistes, vient de passer un cap. L’Europe peut fêter une première mondiale…

Deux frères jumeaux sont désormais à la tête d’un même Etat! L’un Président depuis octobre 2005, Lech Kaczynski, l’autre Premier Ministre depuis hier, Jaroslaw. Sans raison apparente, le Premier Ministre Marcinkiewicz a démissionné. Officieusement, le parti PiS (Droit et Justice) des frères Kaczynski lui reprochait une amitié trop grande avec les libéraux de Donald Tusk, au départ pressentis pour être alliés dans la majorité, écartés en dernière minute au profit des leaders d’extrême droite, finalement peut-être plus proches de leurs convictions…

Jaroslaw, l’artisan de la victoire de son frère, n’aura pas tardé à clarifier les choses: exit la seule ministre libérale (aux Finances) désignée par Marcinkiewicz. Et une pique adressée à Bruxelles: « On ne nous fera pas croire qu’il n’y a pas d’Etats-nations en Europe ni de politiques nationales. Celles-ci sont appliquées de toute évidence par nos partenaires. Je ne vois pas de raison pour laquelle nous ne devrions pas faire de même ».

On ne commentera pas non plus Lech que le journal allemand TAZ a surnommé « la nouvelle patate polonaise » subitement souffrant la semaine dernière au point de devoir annuler la réunion du triangle de Weimar. Les mauvaises langues diront que Kaczynski en voudrait encore à Chirac pour sa phrase « Ils ont manqué une occasion de se taire« , en voudrait encore à l’Allemagne pour l’histoire du XXème siècle, en voudrait encore et toujours à l’Europe pour tous les maux? « Pis and Love ! » Le sommet a été annulé et reporté sans date.

Mariage contre nature

A peine plus loin, en Slovaquie, Robert Fico, nouveau Premier Ministre vient de former un gouvernement des plus insolites, « rouge-brun », sur le thème du social (entre autre baisses de la TVA, augmentations d’impôts aux entreprises). Son parti social-démocrate Smer s’est allié à l’extrême droite xénophobe et populiste. Drôle de mariage! L’Europe politique filerait-elle un mauvais coton?

Que fait l’Europe?

Le Parti Socialiste Européen a exclu le Smer de ses instances européennes, mais pas ses 3 eurodéputés… par peur de descendre sous la barre symbolique des 200 députés. Car le PSE joue le leadership au Parlement face au tout puissant PPE.
Malgré cette attitude nuancée, il faut donc saluer cette réaction d’un parti européen comme une première à vocation d’exemple.

Plus généralement, doit-on punir ces gouvernements élus démocratiquement?

En d’autres temps pas si éloignés, l’alliance droite-extrême droite (cf. Jörg Haider) en Autriche avait secoué l’Europe qui avait infligé des sanctions au pays. Mais pas l’Europe politique! Le Parti Populaire Européen ne s’était guère ému de cette alliance ou de celle plus récemment de Berlusconi avec la petite fille de Mussolini. La conscience du PPE peut être sauve, le parti PiS n’appartient pas au groupe PPE-DE, aucun souci!
Et la France? Le constat y est triste. Nos partis n’ont pas vraiment commenté ou condamné la Pologne et la Slovaquie. Ces derniers temps, la France pensait plus au sport et à oublier son Premier Ministre qu’à s’intéresser à son voisin européen. Le débat européen est encore loin de nos préoccupations. Il y a là pourtant matière à rappeler un certain 21 avril où un autre parti extrêmiste n’est pas passé loin…

2 réflexions au sujet de « De l'Union (trop) libre en politique »

  1. > Plus généralement, doit-on punir ces gouvernements élus démocratiquement?

    Cela s’applique dans l’Union mais aussi en Palestine, bien que les risques de dégâts des partis incriminés ne soient pas les mêmes pour le moment.

    Vivement que les partis aient tous des bases européennes déclinées ensuite régionalement, à l’instar des Verts…

  2. Cela s’est fait pour l’Autriche quand Haider a participé au gouvernement. Mais comme tu dis, pour qu’il y ait punition, encore faudrait-il qu’il y ait de vrais partis européens avec des déclinaisons nationales et plus du patchwork-collage de partis nationaux. Les Verts sont exemplaires à cet égard.

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