Bientôt une Europe des télécom?

liveboxPour cette fin de vacances, je vais reprendre mon bâton de râleur sur un sujet récurrent qui m’est d’autant plus cher (à tous les sens du terme) que je le vis (malheureusement) au quotidien: les télécom! Ou comment ne pas payer pas trop cher quand on est frontalier ou encore chez qui s’abonner chaque fois qu’on change de pays européen? Question bien bête pour ceux qui ne déménagent pas aux 4 coins de l’UE ou ceux qui, comme en France, ont un service tout compris à prix unique au lieu d’un empilement de factures.

Sur ce marché français, un organisme, l’Arcep, régule le marché des télécommunications et traque les « abus de position dominante » pour une concurrence saine… Le résultat est flagrant: N’en déplaise aux antilibéraux primaires, la France avec sa forte concurrence offre peut-être les prix les plus compétitifs de toute l’UE. Pourtant, tous les pays européens ne sont pas au même point. L’Allemagne, par exemple, commence à peine à appliquer des forfaits tout compris. Je ne parle même pas de la Belgique où une ligne adsl peut coûter deux fois plus chère qu’en France!
Bonne nouvelle: l’Arcep pourrait bientôt avoir à une version européenne: le European Electronic Communication Markets Authority, qui serait sous contrôle de la Commission Européenne, aurait pour objectif la création d’un marché intérieur européen des télécoms avec des règles communes à tous les Etats membres.

Sur le papier, ça sonne bien! Enfin, on pourrait imaginer une généralisation des « box » en Europe ou de la télévision par adsl ou surtout d’une facture unique à bon prix, ce qui n’est pas du luxe quand certains opérateurs européens exigent encore de payer 1 abonnement pour la ligne téléphonique + 1 abonnement pour une ligne adsl + 1 tarification à la minute ou forfaitaire, plus, plus, plus…! Pour une fois, je louerai l’exemple français. Merci l’Arcep!

Evidemment, comme beaucoup de belles promesses européennes, j’ai peur que cette EECMA ne retombe comme un soufflé puisqu’elle – si elle se met en place – n’aurait qu’un rôle de conseiller ès télécoms, sans aucun pouvoir de sanction comme l’Arcep qui a déjà assigné en justice France Telecom pour abus de position dominante. Si Mme Reding, Commissaire à l’information, a réussi à baisser les frais d’itinérance des téléphones portables l’été dernier, verra-t-on enfin une autorité des télécoms européenne compétente? Espérons le. Pour mon porte monnaie comme pour celui de beaucoup d’Européen, le plus vite sera le mieux.

4 réflexions au sujet de « Bientôt une Europe des télécom? »

  1. Nous avons, dites vous, les prix les plus compétitifs d’Europe. Ah! Au sein des pays libéraux nous serions les moins mal placés, mais que doit en penser le consommateur?

    Il y a 20 ans, les télécommunications, alors nationalisées, prélevaient 1% du PIB de l’époque. Aujourd’hui l’ensemble des opérateurs en prélèvent 2%.
    Il y a plus de services dit on. Oui mais il n’y a guère eu d’investissements pour mettre en oeuvre ces services:

    l’ADSL repose sur les paires de cuivre posées par l’entreprise alors nationale il y a 30 ans, (en comparaison l’électronique ajoutée, DSLAM ou modems, ne coute quasiment rien)
    le réseau mobile coute 30€ par terminal et 150 € de réseau par ligne, soit 5 fois moins que le réseau fixe, c’est donc peanuts. Cela ne peut justifier les tarifs pratiqués.

    Et pourtant le consommateur paye 2 fois plus cher… Pourquoi?

    La vision ‘libérale’ des télécommunications semble avoir fait réaliser les investissements lourds par une administration qui facturait ses travaux aux usagers (qui auraient du être les légitimes propriétaires des réseaux ainsi construits), puis avoir confié les infrastructures et le bénéfice des fréquences à des opérateurs qui ne font que traire la vache.

    On note au passage qu’il n’y a guère d’innovation, en Europe, dans les télécoms:

    on en est toujours à la paire de cuivre posée il y a 30 ans, la fibre chez l’abonné accuse au moins 7 ans de retard sur le Japon, pas un opérateur n’y investit substantiellement. Il faudra que les collectivités, probablement locales, prennent la chose en main pour que les pays européens sortent de l’immobilisme libéral.

    dans les mobiles, toujours pas de TV sur mobiles, bide de la 3G, tarif prohibitif du mégaoctet, donc pas d’usages dans l’internet mobile.

    Bravo l’Europe libérale!

  2. Je ne vois pas trop le rapport avec le PIB mais ce n’est pas grave je pense.

    Vous avez tout à fait raison de pointer du doigt le fait que les opérateurs de télécom européens se reposent sur leurs bon vieux fils de cuivre plutôt que par exemple investir massivement dans la fibre optique. Pour autant, votre calcul est un peu rapide je trouve. La tarification d’un produit ne comporte pas que le dit produit mais aussi tout un tas de frais annexes (qu’on peut approuver ou pas), par exemple la publicité… Et la France est bien servie en la matière: beaucoup de concurrents = beaucoup de pub = gros budgets! cqfd.

    Du reste, il y a un gros malentendu. Quand je parle de « deux fois plus cher », je compare le prix moyen d’un abonnement téléphone+adsl en France et en Belgique. Je prends note du fait que vous n’appréciez pas la libéralisation des télécom en Europe. Malheureusement, malgré tous vos bon calculs, je vous invite à en faire un autre du point de vue du consommateur puisque c’est l’objet de ce billet: faites une comparaison de ce que vous payiez il y a 2 et 5 ans par exemple pour pouvoir téléphoner en France et à l’étranger et surfer tranquillement. En sachant qu’avant les lois européennes vous n’aviez pas le choix si ce n’est celui du prix unique forcément hors de prix! Il n’y pas besoin d’en rajouter.

    Je peux comprendre que vous vous plaigniez de tarifs excessifs en France. Ce billet devrait pourtant vous amener à tempérer votre colère. Pour ne pas habiter en France, j’aimerais bien payer les fameux 29,99€ tout compris. A ce titre, vous pouvez vous estimer heureux. Mais j’imagine que vous payez certainement plus, car à vous lire vous devez certainement être client chez l’ancien opérateur unique… Dans ce cas, je ne vais pas non plus vous plaindre.

  3. Je ne cherche pas à être plaint.

    La référence au PIB me parait la seule qui ait du sens. Elle mesure, au dela de l’évolution des produits et de la valeur de la monnaie, le cout relatif d’un domaine d’activités pour la collectivité. Une activité industrielle qui double son prélévement sur la richesse nationale consommée sans mobiliser elle même de richesse substantielle ressemble fort à un racket. Le fait que des services spécifiques, qui ne coutent quasiment rien à la production (la téléphonie longue distance ou l’ADSL), aient vu leurs tarifs exhorbitants baisser ne change rien à l’affaire.

    Le racket sur le cuivre est le fait de l’opérateur historique, certes, mais aussi et surtout des autres. Les « alternatifs » s’analysent comme des agences de sous location. Ils obtiennent des prix avantageux pour les paires de l’opérateur historique du fait de connivences avec les régulateurs. Ils les sous louent avec marge aux consommateurs finaux. Si le régulateur sait si bien déterminer les tarifs de cession des paires de cuivre, pourquoi n’en fait il pas bénéficier directement les consommateurs finaux (qui ont financé eux même les infrastructures rappellons le)?. Le régulateur (au sens large) préfère curieusement introduire des intermédiaires couteux et inutiles qui s’enrichissent sans cause mais permettent de faire circuler beaucoup d’argent. Le régulateur plume ainsi le consommateur et, in fine, justifie les tarifs élevés de l’opérateur historique.

    Dans les mobiles la situation est encore pire. la seule justification technique du tarif élevé de la minute est la rareté des fréquences disponibles. Cette pénurie concernant un patrimoine collectif, on voit mal pouquoi ce sont des opérateurs privés qui en encaissent les effets inflationistes?

    Enfin, comme dans toute situation de racket et de connivences courtisanes, l’innovation et la modernisation font défaut. Pourquoi investir si mon racket me permet de m’enrichir en dormant? Comment un régulateur incompétent aurait il un vision pertinente de l’avenir d’une profession, (il n’y a à l’ARCEP aucun individu capable de tirer un cable ou de réparer un téléphone, surtout pas son président)?

    Résultat: en matière de télécoms avancées, vue du Japon, de Corée, de Chine ou des USA, la France a rejoint l’Afrique noire. (consolation: l’Europe aussi).

  4. Je ne vois pas le mal qu’il y a pour les opérateurs historiques à louer des lignes en cuivre à ses concurrents privés après avoir investi dans leur installation et les avoir largement amortis.

    C’était soit cette solution, soit pas de concurrence (c’est apparemment votre souhait!?), soit une abérration où la concurrence aurait du installer ses propres fils????

    On est d’accord que le cuivre est mort et que la fibre optique remplacera tout à terme. Il me semble d’ailleurs que l’installation de la fibre ne se fait plus uniquement par les opérateurs historiques.

    A la question « Pourquoi investir si mon racket me permet de m’enrichir en dormant? », la réponse est tout aussi mercantile: parce qu’on peut, à terme, s’enrichir beaucoup beaucoup plus! C’est d’ailleurs pour cela qu’il y a et aura toujours de l’innovation.

    Finalement, vous parlez beaucoup de racket et vous semblez regretter la fin des monopoles. Donc, je vous redirai que vous payiez bien plus avant sans la concurrence. Qui plus est en France, et je vous le dis, plutôt deux fois qu’une, pour vivre en Allemagne où la concurrence est disparate, c’est l’Arcep qui en favorisant cette concurrence a permis le décollage de l’Adsl en France. Il y a 10 ans, ce pays était ridicule en matière d’Internet au niveau européen. Aujourd’hui elle est par exemple pionnière en télévision par Adsl. Il faut relativiser un peu!

    Enfin, votre comparaison mondiale tient la route avec le Japon, voire la Chine bientôt. Mais sur le seul sujet de la téléphonie mobile, je doute de la pertinence de mentionner les USA qui ne connaissaient même pas le banal SMS il y a quelques années seulement, ni la 3G maintenant. Après on peut aussi critiquer la politique d’octroi des licences 3G en Europe mais c’est un autre débat.

    Pour revenir à mon sujet donc, avant même d’avoir de la fibre optique partout en Europe, j’aimerais déjà y voir s’installer un peu partout des boxes à 30€ et voir une abolition progressive des frais de roaming. La fibre optique viendra alors bien assez tôt, croyez-moi…

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